Dan Gagnon quitte la RTBF: comment l’humoriste est tombé en disgrâce

Dan Gagnon a expliqué comment sa position est devenue de plus en plus précaire à la RTBF, d'où sa démission après une chronique sensible.

Dan Gagnon démissionne de la RTBF après une chronique controversée
Dan Gagnon © Ph. Buissin/RTBF

Ce 4 octobre 2022, coup de tonnerre à la RTBF: l’humoriste Dan Gagnon quitte le service public. L’humoriste l’assure, c’est lui qui a présenté sa démission. "Ils ne m’ont pas viré, absolument pas (…). Ils ne me l’ont jamais dit au premier degré, mais ils me l’ont fait comprendre", confie-t-il à la DH. Voilà donc l’émission "Le Réveil de Tipik" privée de sa chronique "On crame tout!". L’aboutissement d’une tension palpable au sein de la RTBF après des interventions de Dan Gagnon de plus en plus sensibles, surtout après la dernière en date.

La chronique qui a mis le feu aux poudres

Comme l’humoriste l’explique à la DH, sa première chronique était "soft", puis il a voulu s’avancer sur des sujets plus délicats, comme l’éduction publique, la prison, Michelle Martin, etc. Son but: "attaquer le système"! Une liberté de ton néanmoins approuvée en interne, la RTBF donnant son feu vert pour qu’il continue dans cette voie.

Il y a deux semaines, conforté dans sa position, Dan Gagnon vise encore plus loin. Cette fois, c’est le "système" de la RTBF qui est pris pour cible. Le chroniqueur critique alors le choix de la télévision publique de diffuser la très polémique Coupe du Monde au Qatar, malgré les nombreuses morts provoquées par les chantiers de préparation. "Je me suis demandé si c’était déplacé pour moi de parler de ça ici. Puis je me suis dit ‘Si pour la RTBF, 6.500 morts, ça passe, alors, j’ai de la marge. Je pourrais encore tuer 6.499 personnes et revenir à l’antenne la semaine prochaine, easy", déclarait-il durant l’émission en relayant le nombre de décès, relevé par The Guardian.

S’enchaînent alors les déclarations satiriques de Dan Gagnon sur la RTBF. Il cite notamment les arguments de cette dernière pour la mettre face à ses contradictions. "Premier argument: cela répond à une demande du public. C’est vrai, le public a toujours raison. Par exemple moi, je vends de l’héroïne pour arrondir mes fins de mois et ça cartonne", ironise-t-il. "Argument numéro 2: si on ne diffuse pas la Coupe du Monde, d’autres le feront. Exactement, c’est ce que je dis avec l’héroïne depuis des années. Si quelqu’un doit faire de la thune avec, j’aime autant que ce soit moi", enchaîne-t-il. "Et mon argument préféré: diffuser n’est pas cautionner (…) Apparemment, on peut tout diffuser, à condition de dire après ‘Ce que vous venez de voir, c’est mal’. Imaginez la grille des programmes: ne manquez pas ce lundi à 20h30 Joëlle Scoriels lit les plus beaux récits de voyage de Léopold II, suivi de ‘Le colonialisme, c’est mal’".

"Ils ont stalinisé la chose. C’est leur stratégie"

Forcément, la chronique a fait grincer des dents. "Je comprends que ma chronique les embête (…). Ils m’ont fait comprendre que c’était compliqué", confie Dan Gagnon, absent de l’antenne ce lundi. "Ils ont fait comme si de rien n’était. Ils ont stalinisé la chose. C’est leur stratégie".

Il ajoute qu’aujourd’hui, un humoriste n’a plus besoin d’un producteur et d’un diffuseur. Il peut tout faire lui-même puis mettre sa chronique sur les réseaux sociaux. Une charge de travail supplémentaire mais qui leur permet de pouvoir critiquer comme bon leur semble. Or cette liberté tient à cœur à Dan Gagnon, qui veut désormais pointer ce qui ne va pas dans la société. En ajoutant à cela d’autres éléments de crispation, comme la confidentialité de son salaire qui lui était demandée, il faut croire que la coupe était pleine. L’union entre l’humoriste et la RTBF est désormais rompu.

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