Guerre des médias : les éditeurs attaqueront la RTBF en justice

Les éditeurs sont furieux. Le contrat de gestion de la RTBF a été adopté sans tenir compte de la concurrence jugé déloyale du site web gratuit.

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« Nous sommes face à un vrai problème de démocratie, la Fédération Wallonie-Bruxelles finance la destruction du marché de la presse avec l’argent des citoyens, c’est surréaliste. » Tant le patron d’IPM François Le Hodey que celui de Rossel Bernard Marchant ont trempé leur plume dans le vitriol pour dénoncer la menace pour la pérennité de leurs activités que constituent les activités web gratuites et financées par l’argent public de la RTBF. « La RTBF est tellement puissante au sein de la Fédération Wallonie Bruxelles, que c’est finalement elle qui impose son contrat de gestion », tonnent les deux patrons. « La Ministre Linard rate ici une responsabilité historique d’arriver à différencier les missions de la RTBF par rapport à celles de la presse. »

Aucune sanction

En 2014, la Fédération Wallonie-Bruxelles s’était engagée vis-à-vis de l’Europe à ce que la RTBF ne fasse plus de concurrence déloyale. Des balises claires avaient été convenues, son site internet devait être principalement audiovisuel, son activité de presse en ligne devait rester accessoire et liée à sa programmation de radio et de télévision. Or ces balises n’ont jamais été respectées par la RTBF, le CSA l’a constaté mais il n’a jamais sanctionné la RTBF. Dès lors, le secteur de la presse espérait beaucoup de ce nouveau contrat de gestion. « Ce nouveau contrat de gestion donne en fait plus de libertés à la RTBF pour concurrencer la presse. La Ministre des Médias déclare que les activités de presse en ligne de la RTBF seront différenciées de celles de la presse parce que 100% de ses articles devront être liés à la programmation audiovisuelle. Cette balise est en fait vide, car le site internet fait partie, dans le contrat, des activités audiovisuelles, c’est donc une balise circulaire. La vraie balise avait été définie avec la Commission européenne, soit 100 % des articles devaient être liés à la programmation de télévision et de radio. Or la Ministre a abaissé cette balise de 100 % à 60 % », détaillent les éditeurs privés.

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Pluralisme menacé

Résultat ? « Le pluralisme de l’information, ce n’est pas avoir un service public tout puissant et omniprésent grâce à d’énormes subsides. Le pluralisme de l’information, c’est créer les conditions économiques pour qu’une pluralité de médias puisse se développer.  Le service public a sa place dans ce pluralisme, mais il devient une menace pour le pluralisme quand il mène avec l’argent public, une concurrence qui affaiblit les médias privés. Face à cette détermination de la RTBF, le monde politique s’est révélé ne pas être en mesure de fixer des règles du jeu équitables. » Les éditeurs de presse attaqueront devant les autorités administratives et juridictionnelles compétentes, ce 6ème contrat de gestion.

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