Plantu : "En caricature, on peut très vite basculer dans un cliché à la con"

L’ancien dessinateur du Monde publie un “dialogue imaginaire” avec l’univers de Hergé. Discutons-en…

plantu
© JC Guillaume

Quelle aventure de Tintin auriez-vous aimé dessiner?
Peut-être la première que j’ai lue – Les sept boules de cristal – offert par mon arrière-grand-mère. J’avais 10 ans…

Des personnages de Tintin, lequel vous ressemble le plus?
Je ne me suis jamais posé la question…  Milou… Dans Tintin, il y a une période où Milou parle et une période où il ne parle pas et comme j’étais un enfant qui ne parlait pas… Je sais ce que c’est être regardé et entendre “Jeannot, il est gentil mais…”

Dans vos dessins pour Le Monde, vous avez souvent détourné les personnages de Hergé – Tintin, Tournesol, la Castafiore… Vous n’avez jamais eu de problèmes avec Moulinsart?
Jamais.  En bas de ces dessins, j’ai toujours pris le soin de préciser qu’ils étaient faits “d’après Hergé”. On me dit des choses incroyables sur Nick Rodwell (boss de Moulinsart, société qui vient d’être rebaptisée Tintinimaginatio – NDLR), mais de lui je connais l’autre partie de l’iceberg…

Les dessinateurs de presse sont-ils les nouveaux héros du journalisme?
Ce sont des nouveaux interprètes. Nous sommes des traducteurs en image, mais ce sont les journalistes qui ont la substantielle moelle de l’information…

Quand vous dessinez, vous savez que ça peut être périlleux…
Comme tout le monde dans le métier, comme les journalistes…

Les dessinateurs de presse belges sont-ils plus dingues que les français?
Oui, et je le dis souvent à Kroll… Il a fait, par exemple, un dessin sur le Covid avec des orthodoxes religieux à Anvers…  Il m’a dit “Oui, mais ça a secoué”.  Moi, j’aurais fait la même chose, ça n’aurait pas secoué, j’aurais été explosé façon puzzle! Il y a une fêlure chez vous… J’adore la Belgique… Vous êtes fêlés…

 Qu’est-ce que vous n’arrivez pas à dessiner correctement?
Les jambes des femmes politiques, je n’y touche pas trop…  Casse-gueule… En caricature, on peut très vite basculer dans un cliché à la con. Une femme, je fais gaffe… Une fois, j’ai dessiné Simone Veil en maillot de bain. Le soir, je dînais avec elle: sale ambiance! Je ne savais pas où me mettre…

Dans les livres d’histoire, quel événement ou quel personnage auriez-vous aimé dessiner?
Robespierre pour la Terreur, et Louise Michel pour la Commune.

Avec les différents rédacteurs en chef qui se sont succédé au Monde, vous vous êtes toujours, souvent, jamais engueulés?
S’engueuler, c’est sûr – mais comme en famille. On défend les mêmes valeurs, mais sur certaines choses, on n’est pas toujours d’accord… Des engueulades, il y en a eu plein… Pendant cinquante ans, j’ai travaillé avec des gens formidables. Dans les années 80, les nationalistes corses me menaçaient et j’avais un directeur corse – Jean-Marie Colombani – qui a détesté tous mes dessins, mes tous mes dessins sont passés.

Vous vous faisiez convoquer?
Ça ne se passe pas comme ça, mais… Et puis, il y a des dessins qui ne passent pas tout de suite. Sur le Covid, j’ai proposé un dessin sur un labo de Wuhan en janvier 2020, il a été publié en décembre 2020. Je crois l’avoir proposé cinquante fois… Quand j’ai quitté Le Monde, ils ont dû sabrer le champagne en se disant “Putain, il arrêtera de nous faire chier, çui-là”.

Tintin, c’est l’aventure. Plantu, Hergé – Un dialogue imaginaire, Moulinsart, 96 p.

Sur le même sujet
Plus d'actualité