Sur les réseaux sociaux, une guerre de l’image aux accents pop

La guerre se joue aussi sur le terrain de la communication. Et là-dessus, l'Ukraine gagne haut la main. Légendes et iconographies pop viennent booster la population et mobiliser les opinions publiques en Occident.

Volidimir Zelenksy
Belga

C’est une autre guerre qui se joue sur les réseaux sociaux. Une guerre de l’image que l’Ukraine est en train de gagner à plate couture. Sur Twitter, Instagram & co, une véritable iconographie pop se créée en jaune et bleu selon un style très occidental. Alexis Rapin, chercheur à l’Université du Québec à Montréal a analysé quelques unes de ces images sur Twitter.

Il y a d’abord la légende du pilote de chasse surnommé " Le fantôme de Kiev ". Selon des images impressionnantes, il aurait, au premier jour de l’invasion russe, abattu pas moins de cinq avions ennemis. Un mythe. Dans tous les sens du terme, car les images sont bidons. Elles ont été tirées d’un jeu vidéo hyperréaliste. Il n’est d’ailleurs pas rare que des images de jeu vidéo se retrouvent à faire de la propagande armée… Qu’à cela ne tienne, " Le fantôme de Kiev " est présent dans l’imaginaire et le coeur de tous les Ukrainiens – et de leurs soutiens.

The Ghost of Kyiv

" Le fantôme de Kiev ", une légende de guerre – DR

Des armes de guerre comme le Javelin (une arme anti-tank) ou le NLAW (deux armes anti-tank) sont devenues des iconographies pop. La deuxième  est devenu un mot du quotidien chez les internautes ukrainiens et s’affiche sur le net dans toute sa popitude avec référence au " I Fought The Law " du Clash (l’image fait d’ailleurs penser à l’esthétique de la pochette de l’album " Give ‘Em Enough Rope ").


Il y a aussi les fameux derniers mots des garde-frontières de l’ïle aux Serpents,  une micro-île ukrainienne de la mer Noire, morts en martyrs après avoir lancé aux envahisseurs russes un " Allez vous faire foutre! " bien senti. Une vidéo relayée par de nombreux médias, dont le Guardian, et aussi le président ukrainien. Les mots furent bien lancés, mais rien ne dit que les soldats aient été tués comme il a été répété. Ils seraient en réalité détenus par les troupes russes. Mais les mots restent comme un acte de bravoure contre la barbarie.

" Allez vous faire foutre! " L’île au serpent, début de la guerre d’Ukraine – DR

Que faut-il penser de tout cela sinon que c’est de bonne guerre. Cette popisation de la guerre fait en tout cas passer l’Ukraine pour un pays occidental et s’oppose drastiquement à la propagande russe très XXe, voire XIXe siècle (" Dénazification ", " des dirigeants drogués ", " une opération spéciale "). D’ailleurs, dans les médias russes, il n’y a pas de guerre. Le conflit n’est visible nulle part. D’où, peut-être, l’importance de ces iconographies pop sur les réseaux sociaux.

Pour Alexis Rapin, " on peut bien sûr questionner cette hipsterisation d’une guerre sanglante par des geeks à l’abri devant leur écran. Force est toutefois de constater que cette iconographie contribue à galvaniser les Ukrainiens et à mobiliser les opinions étrangères (notamment les milléniaux…) ". Par ailleurs, le premier à utiliser les réseaux sociaux et à communiquer à outrance n’est autre que le président ukrainien Volodymyr Zelensky, très à l’aise avec ses nouveaux outils qui lui permettent d’être la figure ultime de la résistance et de la défense de la démocratie.

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