On peut rire de tout… même du Covid

Après 8 rue de l’Humanité de Dany Boon, Netflix livre One Night In Paris ou comment les humoristes ont survécu à l’épidémie.

On peut rire de tout… même du Covid

À cinq jours d’intervalle fin ­octobre, Netflix a mis en ligne deux productions françaises, One Night In Paris et 8 rue de l’Humanité. Leur point commun (à part qu’elles sont vraiment drôles)? Toutes deux reviennent sur cet épisode surréaliste de nos vies: le confinement. On leur a reproché d’arriver tard sur le phénomène. On peut effectivement leur objecter que, dès le printemps 2020, des programmes, souvent comiques, ont joué avec la crise sanitaire. La plupart ont mis en scène les réunions Zoom absurdes et le télétravail, en laissant les acteurs chez eux se filmer avec les moyens du bord, puisque les tournages étaient à l’arrêt. On pense aux deux épisodes hilarants de Mythic Quest sur Apple TV+, à Au secours bonjour, les capsules avec Marina Foïs, Élie Semoun, Michèle Bernier, tournées par France 2, mais aussi à l’épisode ­spécial de Plan cœur, la comédie romantique de Netflix, au thriller Connectés d’Amazon qui ­montre François-Xavier Demaison, Audrey ­Fleurot, Stéphane Degroodt et Michaël Youn dans un apéro visio qui tourne mal. Leur point commun? Ils ont été tournés ”le nez dedans”. Ils ­donnent à voir la pandémie, mais ne la mettent pas en perspective. C’est ce qui les différencie des fictions arrivées cet automne qui, elles, nous font entrer dans le temps des bilans.

 

Rire de ça…

Un an sans jouer, j’ai envie de parler”… Cette phrase, c’est Vérino qui la dit dans One Night In Paris. Et elle condense tout le programme. Netflix a réuni une sacrée bande de stand-uppers parisiens en juillet pour fêter la réouverture des salles de spec­tacle. Leurs passages sur scène alternent avec des images cocasses de la survie des artistes pendant la période de fermeture. Camille Lellouche est devenue livreuse Deliveroo fâchée avec son GPS. Kev Adams, dealer de PQ façon Escobar dans un appart. Les voilà donc de retour sur les planches, micro à la main, entourés d’un public masqué dans différentes salles de la capitale – le Barbes Comedy Club, Le Fridge (ouvert le 13 mars 2020 après deux ans de travaux, ”des génies du timing”, raconte Kev Adams), le Jamel Comedy Club… L’énergie est palpable, comme la joie d’être là. Les séquences s’enchaînent à un rythme effréné.

Il y a du beau monde (même si on regrette l’absence des Belges, Guillermo Guiz et Florence Mendez en tête): Fary, Alban Ivanov, Ahmed Sylla, Fadily Camara, Pierre-Emmanuel Baré, Doully… Tous reviennent sur leur vécu durant cette période, en enchaînant les punchlines. Kyan Khojandi, hypocondriaque, montre l’absurdité de faire des spots de télé pour expliquer aux gens de se laver les mains avec de l’eau et du savon. Le martial ”Nous sommes en guerre” d’Emmanuel Macron se fait tailler un costard de première classe. Tout à coup, le miracle opère. On se marre. Et ce rire sanitaire se révèle salutaire. Les vannes ouvrent des vannes dont on ne soupçonnait pas qu’elles étaient fermées, celles d’une période d’incertitude, d’angoisse, d’individualisme et de masturbation existentielle (et pas que). La catharsis, en plein. Un exorcisme. One Night In Paris enterre la pandémie sous les applaudissements d’un public masqué mais présent.

Dany Boon nous reconfine… et nous libère

Quant à Dany Boon, lorsqu’on l’avait rencontré quelques semaines avant l’explosion de la pandémie pour la promotion de Lion en janvier 2020, il nous avait confié déjà réfléchir à un film autour du Covid. Il nous avait parlé du potentiel comique derrière nos (légitimes) peurs et nos angoisses. Le résultat est là et remporte un joli succès sur ­Netflix. One Night In Paris, 8 rue de l’Humanité (coécrit avec Laurence Arné) joue avec le comique de confinement et se moque de nos travers – passant au crible le couple, la parentalité ou l’amitié au prisme de la pandémie. Ici, pas de stand-up mais une vraie histoire.

 

Le réalisateur des Ch’tis imagine une poignée de voisins forcés de faire connaissance pendant le confinement. On l’a adoré en voisin ultra-flippé, hypocondriaque et délateur armé d’un pointeur de température et qui se shoote littéralement au gel hydroalcoolique. Les dialogues fusent (“ Vous êtes asymptomatique? Non, je suis catholique”) dans un esprit de troupe cocasse proche du Splendid.­ Mention très spéciale à François Damiens, énorme en nouveau riche complotiste largué par sa femme en plein confinement et qui assure sans vergogne – en slip – la continuité pédagogique face à la maîtresse de son fils. Mais comme toujours chez Boon, la mécanique du rire ne néglige jamais sa part d’humanité. La solidarité se reforme peu à peu autour d’un “apéro-cluster improvisé” et du personnage émouvant de Leïla (magnifique Nawell Madani en soignante en première ligne). Dédié “à celles et ceux qui ont souffert”, le film nous ferait presque regretter le confinement. Parce qu’il nous montre aussi qu’il est bel et bien fini (croisons les doigts).

De Grey’s Anatomy à Plus belle la vie

Les séries médicales ont directement choisi d’intégrer le Covid à leurs intrigues. C’est le cœur de toute la saison 17 de Grey’s Anatomy, actuellement diffusée sur RTL-TVI (et rattrapable sur RTL Play). Station 19 a fait pareil. Ceci étant, dans les épisodes de la saison 18 de Grey’s Anatomy, actuellement diffusée aux États-Unis, le sujet Covid n’est plus au premier plan. Du côté des feuilletons français, comme Plus belle la vie, on a choisi d’aborder l’épidémie par touches, sans pour autant coller à l’actualité. Le virus impacte parfois les personnages, sans jamais monter sur le devant de la scène. Dans Un si grand soleil, ce sont surtout les conséquences professionnelles de la situation sanitaire qui sont évoquées. Un choix délibéré de la production désireuse de conserver la dimension divertissante de la série.

 

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