Lolita, méprise sur un fantasme

Un documentaire rend justice à la Lolita incomprise du chef-d’œuvre de Nabokov. Ce n’est pas l’histoire sulfureuse d’une jeune icône érotique, mais bien celle d’un pédophile abuseur.

Lolita, méprise sur un fantasme
Diffusion le 13 octobre à 22h35 sur Arte

C’est l’histoire d’un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature, Lolita, du Russe Nabokov. Mais l’histoire aussi d’une des plus tragiques méprises jamais réalisées collectivement autour d’un personnage de roman (certains y ont vu une apologie de la pédophilie!). Comment en effet est-on passé de la “réalité” du parcours douloureux d’une enfant de 12 ans (Dolorès Haze, surnommée Lolita donc) abusée par son beau-père, à la vision d’une séductrice menant par le bout du nez ce pauvre professeur de lettres, Humbert Humbert, incapable de résister à cette diablesse tentatrice? Comment a-t-on fait de Lolita, authentique victime à la solitude terrifiante, le bourreau de l’histoire?

Pour tout dire, nous explique ce documentaire extrêmement fouillé d’Olivia Mokiejewski, Lolita est victime d’une accumulation de malentendus. Déjà, son nom est devenu un nom commun à connotation négative dans l’imaginaire collectif, lolita signifiant une jeune aguicheuse, sexuellement très précoce. De là à faire de la petite une provocatrice, il n’y a qu’un pas… allègrement franchi. Par Kubrick qui en réalise en 1962 une magnifique mais infidèle adaptation gommant à la fois le côté tordu d’un Humbert obsédé par les très jeunes filles et la douleur de Lolita, coincée entre la femme et l’enfant.

Pour mesurer l’erreur, Mokiejewski laisse subtilement parler le texte de Nabokov. Qu’elle éclaire encore d’archives rares de l’auteur et d’analyses pertinentes de son biographe Brian Boyd et de quelques lecteurs exégètes de l’œuvre, comme Vanessa Springora, auteure du Consentement. Tous présents pour rétablir la vérité sur Lolita que Nabokov lui-même n’avait pas su mettre au jour, en 1975, face à un Pivot égrillard qui ne manqua pas de l’irriter sur son plateau d’Apostrophes.

Il est temps aujourd’hui de laisser Nabokov dormir en paix et d’aimer Lolita pour ce qu’il est: un chef-d’œuvre d’une formidable modernité qui regarde frontalement un monde patriarcal étrangement toujours un peu conciliant avec les prédateurs de petites filles.

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