L’arche de Noé numérique

Pour sauver le berceau de l'humanité, un journaliste irakien numérise les sites dévastés par Daech.

L’arche de Noé numérique
Borsippa

Diffusion le 25 septembre à 20H50 sur Arte

Les images des soldats de Daech détruisant les grands sites archéologiques d’Irak ont fait le tour du monde. et serré toutes les gorges. Des fous détruisaient des bas-reliefs à coups de masse, mettaient à terre des temples vieux de plusieurs millénaires au marteau-piqueur et au bulldozer. Ce qui n’était pas massacré se retrouvait pillé, revendu au marché noir pour financer l’État islamique.

Face à l’insupportable, Jawad Bashara, écrivain et journaliste irakien exilé en France sous la dictature de Saddam Hussein, a décidé d’agir. Il est rentré au pays, pour sauver ce qui pouvait encore l’être, en scannant, filmant, numérisant les sites et les objets, pour préserver l’héritage de Sumer, de Babylone et de ces civilisations fondatrices.

Le documentaire nous emmène dans son sillage et démarre dans le sud, dans les marais argileux du delta du Tigre et de l’Euphrate, ce fameux croissant fertile où l’humanité a inventé l’écriture sur ses tablettes. De là, il va suivre, durant plusieurs années, la déroute progressive des forces de Daech, pour aller sur place, constater les dégâts, mais aussi rencontrer les Irakiens qui se sont mobilisés pour sauver leur patrimoine. Et même interroger l’ennemi lui-même, pour tenter de comprendre les raisons de cette volonté de destruction systématique, dans un entretien terrible avec un jeune combattant de Daech.

La force du film est là. Il ne s’agit pas seulement d’un exposé érudit sur la tour de Babel et la création des ziggourats de briques, seules collines des paysages oranges d’Irak, ni d’un atroce dernier inventaire avant liquidation de monuments millénaires. C’est évidemment tout cela. Mais ce que l’on découvre aussi, c’est la fierté, l’engagement, la volonté de croire au futur, de partager avec le monde la beauté de Nimroud, la première carte du monde ou le bleu des murs de la tour de Babel. Bien joué, Monument Man.

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