Le film du jour: Lara Jenkins

Le cinéma allemand nous offre une belle surprise avec cette belle et délicate histoire de femme qui doit beaucoup à la comédienne Corinna Harfouch.

Lara Jenkins @Prod
Diffusion le mardi 31 à 20h30 sur Be 1

Lara a 60 ans. Elle est seule, et triste. Alors, le jour de son anniversaire, elle passerait bien par la fenêtre entrouverte. Mais la vie n’en a pas fini avec elle: son fils Viktor va donner son premier concert de piano et personne n’a jugé bon de l’inviter… Vu comme ça, on prendrait sans réfléchir Lara dans les bras. Un grand “hug”, comme on dit à présent, pour la consoler de son mal. Mais une femme peut en cacher une autre. En effet, Lara, passionnée de musique et pianiste à la carrière ratée, a martyrisé son fils des années durant pour vivre sa passion à travers lui. Ce ne sont pas les autres qui l’ont rejetée mais elle qui a doucement détesté le monde. Aujourd’hui, c’est une fonctionnaire aigrie à la retraite, mais cette journée d’anniversaire pourrait changer la donne.

Comme dans son brillant premier film Oh Boy, où Jan-Ole Gerster suivait la transformation sur une journée d’un trentenaire en déroute, c’est 24 heures de la vie d’une femme dans Berlin qu’il nous donne à voir. L’errance est sa marque de fabrique, avec, au bout du chemin de croix, peut-être la rédemption. Son histoire n’est pas facile d’accès. Et pour cause: quand on présente un personnage psychorigide détesté par ses anciens collègues comme par ses proches, il y a le risque de voir le spectateur s’encourir à toutes jambes.

Pourtant, la magie opère. Par le jeu intense de Corinna Harfouch (brillante actrice de théâtre allemande), tout en touches infimes, qui dessine doucement ce personnage plus complexe et moins figé qu’il n’en a l’air. Lara est à la fois froidement cruelle, ambitieuse et jalouse du talent de son fils, mais aussi dotée d’un amour puissant qu’elle est incapable d’exprimer, enfoui dans son manteau orangé et son rictus de femme acariâtre. Et par la mise en scène aérée de Gerster qui avec son actrice dessine et réussit la dure et drôle métaphore d’une vie passée à tenter de s’accepter. Fort.

 

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