Une bien triste Riviera

Invitation à méditer sur le sort des migrants à la frontière franco-italienne et le sens de la vie.

Une bien triste Riviera @Prod
Diffusion le 23 août à 22h30 sur La Trois

C’est une des étapes les plus redoutées des migrants, celle qui va de Vintimille, en Italie, à Menton, en France. Pour passer d’un pays à l’autre, pas question de se présenter gentiment à la frontière. Obligés de se faufiler en douce, ils doivent prendre un chemin au nom explicite: le sentier de la mort. Un passage à flanc de falaise qu’a décidé d’emprunter le réalisateur Giovanni Cioni pour se rendre compte de la difficulté du trajet. Mais alors qu’il parcourt cette piste de tous les dangers, il se met à réfléchir sur les concepts de vie et de mort. Il fait alors un parallèle avec une tout autre histoire, celle du docteur Voronoff, qui greffait il y a un siècle des testicules de singes sur des hommes pour leur rendre la vigueur de leur jeunesse.

Le lien avec l’histoire des migrants? La villa de Voronoff se situe pile sur la frontière franco-italienne et servait de passage pour les antifascistes se rendant en France. Mais au-delà de cette coïncidence, le réalisateur est frappé par le sens profond de cette quête de réjuvénation entreprise par le docteur dans les années 20-30. Une soif de la vie éternelle, à l’endroit même où aujourd’hui des migrants meurent alors que c’est souvent pour fuir la mort qu’ils ont quitté leur pays d’origine. Et puis l’époque de Voronoff est aussi une époque malade, celle du racisme dans son plus pur jus, des extrémismes qui prospèrent dans une société tiraillée et insouciante alors que la guerre se prépare. D’où la question subliminale du film: est-ce que notre XXIe siècle n’est pas aussi malade, avec ses propres maux?

 

C’est ce parallèle constant entre passé et présent qu’opère ici Giovanni Cioni, qui invite à repenser notre condition d’humain au prisme de l’histoire de ce petit bout de Riviera, qui est à la fois un paradis et un enfer. Un film qui peut déconcerter par son mélange des genres documentaire et artistique mais qui appelle à une réflexion d’autant plus profonde.

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