La belle époque de Bedos et Ducournau

En une poignée de films, ces deux cinéastes ont apporté un vent de fraîcheur au cinéma français.

La belle epoque @prod
Diffusion le 16 août à 20h30 sur BeCiné

Deux longs-métrages à l’actif de Julia Ducournau, trois pour Nicolas Bedos. Mais d’ores et déjà, entre autres récompenses, une Palme d’or pour la première, et un film projeté en clôture du dernier Festival de Cannes pour le second. Belle consécration pour deux jeunes cinéastes atypiques qui, avec Titane et OSS117: Alerte rouge en Afrique noire ont bousculé les conventions sur la Croisette. Ducournau, il est vrai, s’était déjà fait remarquer avec Grave, en 2016, et son histoire d’étudiante végétarienne qui découvre sa vraie nature après avoir été forcée de manger de la viande au cours d’un bizutage. Titane va encore un cran plus loin en matière de gore et de scènes trash, au point d’avoir choqué certains spectateurs peu férus de films de genre, qui comprennent difficilement que de telles productions puissent être primées. Ce que déplore la réalisatrice: “On a l’impression en France que le film de genre ne parle pas de l’individu. Pour moi c’est complètement faux: c’est juste qu’il en parle différemment. Finalement, je trouve que c’est une typologie de films beaucoup plus psychanalytiques que ne le sont les drames de couples, parce que ça amène des symboles. Et comme le symbole flirte parfois avec le cartoon, les gens trouvent que ce n’est pas assez intellectualisant”.

Bien en phase avec son époque, Julia Ducournau est membre du collectif 50/50, qui promeut l’égalité hommes-femmes et la diversité sexuelle, de genre, de classe et de race au cinéma. Tout en insistant bien sur le fait qu’elle veut être choisie sur un projet pour ses compétences, et non parce qu’elle est une femme: “Je n’aime pas l’effet pervers que ça peut avoir. Ce que j’essaie de montrer dans mes films, c’est qu’au bout d’un moment, cette question ne devrait plus être pertinente”.

Ces problématiques suscitent le débat, mais aussi beaucoup de polémiques souvent alimentées sans le moindre recul sur les réseaux sociaux, Nicolas Bedos a pris le parti d’en rire au second degré en réalisant le troisième volet désopilant des aventures d’OSS117. Avec comme principale ambition de donner du plaisir aux spectateurs: “Dans cette époque obscurcie par la pandémie, les atteintes à la liberté d’expression, l’aveuglement des intégrismes et le politiquement correct, OSS est une bouffée d’air nécessaire”. Pas étonnant, dès lors, que son film précédent au titre éloquent – La belle époque – permette à son personnage principal (l’épatant Daniel Auteuil) de revivre un moment heureux de son passé: la rencontre avec sa future femme, en 1974. Bedos reconnaît d’ailleurs que “c’est compliqué, le présent. Je fais un métier dont j’adore le résultat mais dont je me plains volontiers du présent que je trouve très pénible, très laborieux”. Heureusement, le futur, lui, devrait encore nous réserver de belles surprises grâce à ces deux cinéastes au talent incontestable.

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