En France, C8 provoque un tollé en diffusant un film anti-avortement

Avec Unplanned, la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré diabolise un droit qui reste fragile et menacé, aux Etats-Unis comme en Europe.

Unplanned a connu un succès inattendu aux Etats-Unis. - AFP

La programmation de la honte. Ce lundi, à une heure de grande écoute, la chaîne française C8 va diffuser Unplanned, un téléfilm au succès inattendu aux Etats-Unis, mais vivement critiqué. La raison ? Produite par un studio chrétien évangélique, la fiction se présente ouvertement comme un film de propagande contre l’interruption volontaire de grossesse. Basée sur l’autobiographie éponyme d’Abby Johnson, elle relate ainsi le revirement d’une ancienne cadre du planning familial devenue militante anti-choix.

Lors de sa sortie en 2019, le film avait suscité une vive polémique, en raison d’une scène choquante (et impossible), celle montrant un foetus qui se débat lors d’un avortement. En réalité, un fœtus est insensible avant vingt-quatre semaines. Ses terminaisons nerveuses ne sont pas suffisamment formées dans le cortex.

« Choix politique »

Aux Etats-Unis, seule la chaîne conservatrice Fox News avait accepté de diffuser la bande-annonce du film, les autres ayant refusé au vue de « la nature sensible du sujet ». Mais dans un pays où les Etats conservateurs ne cessent de menacer ce droit fondamental, ce navet a trouvé son public, générant ainsi 12 millions de dollars de recettes, grâce notamment à un petit coup de pouce de l’ancien vice-président de Donald Trump, Mike Pence. Sur son compte Twitter, il se réjouissait que « de plus en plus d’Américains reconnaissent le caractère sacré de la vie grâce à des histoires aussi puissantes que celle-là. Allez voir Unplanned. »

Deux ans plus tard, le film fait à nouveau parler de lui, cette fois de notre côté de l’Atlantique. Preuve que le mouvement anti-avortement n’est pas propre au pays de l’Oncle Sam. Une pétition lancée par la fondatrice du site Grossesse imprévue demande au Conseil supérieur de l’audiovisuel d’obliger C8 à instaurer « une contextualisation de ce programme ». Le régulateur de l’audiovisuel a cependant rappelé sur Twitter que « les chaînes déterminent librement le choix de leurs programmes » et qu’à ce titre, « il n’intervient pas dans la programmation des chaînes ».

« C’est un choix politique que de programmer ce film contraire au droit à l’avortement, dans un contexte où les femmes ont très peu d’informations sur les questions d’avortement et où les anti-choix sont très présents sur les réseaux sociaux », s’insurge auprès de l’AFP Sarah Durocher, co-présidente du Planning familial. Plusieurs associations féministes ont d’ailleurs rappelé qu’en France, un délit d’entrave à l’IVG réprime également la désinformation sur le sujet, avec des peines pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30.000€ d’amende.

Virage catho

La chaîne de Vincent Bolloré, catholique pratiquant qui n’a jamais caché ses convictions conservatrices, n’en est pas à sa première polémique à ce sujet. En 2018, Cyril Hanouna lançait un débat « pour ou contre l’IVG » dans son émission Balance ton Post. Ce dimanche, à l’occasion de l’Assomption, la chaîne gratuite du groupe Canal+ a opéré un autre virage catholique en diffusant pas moins de douze heures de programmes religieux, dont une messe célébrée par l’évêque de Fréjus Toulon, Dominique Rey. Comme le rappelle Libération, ce dernier est proche de l’association anti-LGBT Courage, qui pratique les thérapies de conversion. Il est également connu pour son combat contre le mariage pour tous, l’IVG et pour la promotion d’une culture « masculiniste » catholique. On est (très) loin du repositionnement éditorial « familial et feel good », prôné par le directeur général de C8, Franck Appietto, il y a quelques mois.

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