Le film du jour : Razzia

Nabil Ayouch dénonce la dérive autoritaire au Maroc à travers cinq portraits inégaux, mais puissants dans leur évocation de minorités qui aspirent à la liberté.

Razzia prod
Diffusion le 9 août à 22h50 sur France 3

 

À la manière de l’Iranien Farhadi avec lequel il concourait pour une Palme d’or au dernier festival de Cannes, le Marocain Nabil Ayouch a toujours interrogé les dérives de son pays (prostitution, magouilles politiques, autoritarisme, terrorisme, inégalités sociales) par le prisme de son art. Si son film cannois Haut et fort criait avec force et détermination l’aspiration de la jeunesse marocaine à la liberté, Razzia, coécrit avec son épouse Maryam Touzani (actrice du film), évoque lui, l’emprise progressive du conservatisme religieux et politique sur la sphère privée. À travers un film choral situé dans deux époques du passé, les années 80 et l’arabisation à marche forcée, et les années 2000, qui ont généralisé cet esprit de répression dans la sphère sociale.

Le récit suit la vie de cinq personnages, chacun en butte, dans son parcours personnel, à ces rétrécissements des droits et libertés au Maroc. Il y a cet instituteur chassé de sa classe dans les montagnes de l’Atlas au début des années 80. Son crime ? Avoir enseigné en berbère et non en arabe. Ou Salima, qui étouffe entre un mari et une société marocaine contrôlant ses moindres faits et gestes. Hakim, le jeune homo fan de Freddie Mercury renié par son père, Joe, restaurateur juif pourri par l’antisémitisme et enfin Inès, petite fille riche abandonnée à elle-même et coupée des réalités de son pays.

Chacun des personnages représente les minorités au Maroc et les souffrances intimes qu’elles y subissent par ce statut minoritaire qui ne s’accorde évidemment pas avec le conservatisme religieux rampant et brutal. Avec ce film un brin artificiel (les histoires s’emboîtent un peu au forceps), Ayouch, plus sombre, mais toujours épris de poésie, continue de dire sa colère face aux maux du Maroc, mais aussi son amour. Car, comme le dit un des personnages: “Rien n’est plus beau que le ciel de Casablanca”… qui s’embrase ici, dans un désir fou de reconquête de liberté.

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