Le film du jour: Dilili à Paris

À la recherche de nouvelles sensations esthétiques, Michel Ocelot investit la Belle Époque avec une petite héroïne noire, emblème d’un combat féministe mené avec détermination et poésie.

Dilili à Paris Arte
Diffusion le 28 juillet à 20h55 sur Arte

 

Le Français Michel Ocelot est un orfèvre délicat du dessin animé. Le cinéaste s’est fait connaître avec la délicieuse trilogie africaine de Kirikou (Kirikou et la sorcière, Kirikou et les bêtes sauvages et Kirikou les hommes et les femmes), dont la chanson, plus de 20 ans après résonne encore avec entêtement dans nos têtes: “Kirikou n’est pas grand mais il est vaillant, Kirikou est petit mais il peut beaucoup”.

Pour Dilili à Paris, Ocelot, qui a passé une partie de sa jeunesse à Conakry en Guinée, quitte les terres africaines, mais pas tout à fait. Et pour cause : dans son Paris majestueusement recomposé dans une palette chromatique de toute beauté, le cinéaste pointe son regard tendre sur Dilili, petite fille noire qui pour cause de mauvaise couleur de peau n’a jamais pu exister librement comme toutes les petites filles de son âge. La Belle Époque n’est pas belle pour tout le monde dans ce Paris où les Noirs sont exhibés comme des cabinets de curiosité dans des musées anthropologiques. Mais Orel, un ado des classes populaires, va permettre à la petite fille de vivre son rêve : visiter la Ville Lumière. D’une façon très inattendue. Avec le garçon, la cantatrice Emma Calvé et d’autres grandes figures du début du XXe, Dilili va mener une enquête sur un gang souterrain de suprématistes blancs qui enlèvent des petites filles pour les asservir.

Maître éclairé de la géométrie des espaces et des couleurs, Ocelot mêle le dessin 2D avec d’authentiques photographies dont la composition naturaliste renvoie à l’évidence au peintre Renoir. Mais il ne s’en tient pas à la joliesse : le papa de Kirikou plante son road movie policier dans un monde dominé par le patriarcat et le machisme et à travers son conte poétique à la beauté calme, il tend la main à notre monde contemporain, traversé des mêmes questions sur le racisme et la place de la femme dans la société et dans l’art. Avec une bienveillance et une douceur qui renverseraient des montagnes.

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