Le film du jour: La daronne

Sur les traces d’une Isabelle Huppert tordante en dealeuse ”algérienne”, Jean-Paul Salomé redonne des couleurs à la comédie sociale française

La daronne Prod
Diffusion le 10 juillet à 20h30 sur Be1

Le film met un petit temps à démarrer. Du moins, c’est ce qu’on pense. En réalité, le réalisateur Salomé cache son jeu, slalomant entre le film policier (tout débute par l’intervention musclée d’un escadron de la brigade des Stups dans un immeuble de cité) et le drame social… mais un détail ne trompe pas: le gilet pare-balles d’une Isabelle Huppert au regard impassible qui s’accroche à la rampe d’escalier et retient sa montée. Comique involontaire? Du tout, ce sera le ton du film: le rire subtil d’une comédie engagée qui vous attrape par le ventre et l’esprit. Portée par l’humour “keatonien” d’une actrice incroyable, la “froide” Isabelle Huppert, qui renouvelle encore une fois ici son jeu.

Patience Portefeux est interprète français/arabe pour le compte de la Brigade des Stups. Durant ses écoutes téléphoniques, elle surprend une conversation entre l’infirmière dévouée de sa mère et le fiston de cette dernière qui fait la mule pour un réseau de trafiquants de drogue. Ni une ni deux, Patience fait fi de prudence et décide de couvrir le petiot. Avec un tel zèle qu’elle en devient la tête de proue d’un grand trafic.

Cinéaste inégal, Jean-Paul Salomé doit ses moments de grâce aux femmes (Les femmes de l’ombre) qu’il met soigneusement en valeur. Dans cette comédie féministe et discrètement sociale, il laisse libre cours à la patronne Isabelle Huppert, qui incarne un double rôle délectable avec une retenue qui la rend encore plus drôle. Le décalage permanent qu’elle instaure au film en fait toute sa drôlerie. Et la voir en hijab diriger sa bande de bras cassés, en arabe s’il-vous-plaît, assure de bons moments de rigolade. Cerise sur le gâteau: la finesse de l’actrice sert le propos plutôt politiquement incorrect, mais engagé du film (en pleine polémique du voile, mettre le hijab pour faire rire, c’est gonflé) dont certaines répliques (“La galérance c’est fini”, “Parler ne fait pas cuire les pâtes”) resteront à coup sûr.

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