Brexit : bientôt moins de séries et films britanniques à la télé ?

La nouvelle risque de décevoir les fans de The Crown ou de Peaky Blinders. L'Union européenne envisagerait de limiter le nombre « disproportionné » de productions britanniques sur ses chaînes télé et plateformes.

Olivia Colman dans la série à succès The Crown. - Netflix

C’est une conséquence du Brexit que l’on n’attendait plus. Six mois après le départ officiel du Royaume-Uni, l’Union européenne s’apprête à exclure les contenus britanniques de la définition du « made in Europe ». Ce qui pourrait avoir un impact considérable sur leur présence sur nos écrans.

Conformément à la directive européenne sur les Services de médias audiovisuels (SMA), la culture produite en son sein doit être privilégiée. Depuis 2018, chaînes de télé mais aussi plateformes telles que Netflix ou Amazon doivent veiller à ce que leurs catalogues contiennent une part minimale de 30% d’œuvres européennes et qu’elles soient suffisamment mises en valeur. Des pays comme la France vont même plus loin, en répondant par exemple à un quota de 60% en VOD et en exigeant que 15% du chiffre d’affaires des plateformes soit consacré à la production d’œuvres audiovisuelles et cinématographiques européennes.

Entrave à la diversité

Actuellement, malgré le Brexit effectif depuis le 1er janvier, les films et séries produits Outre-Manche sont toujours considérés comme des « œuvres européennes ». Cette définition a d’ailleurs conduit, selon un rapport interne de l’UE consulté par The Guardian, à une quantité « disproportionnée » de contenus britanniques diffusés sur le continent. Désormais, les dirigeants européens voient cette omniprésence comme une menace pour « la diversité culturelle ». « La disproportion peut affecter la réalisation des objectifs de promotion des œuvres européennes et de la diversité culturelle visés par la directive sur les services de médias audiovisuels », peut-on lire dans le document.

La Commission européenne a ainsi été chargée de lancer une étude d’impact sur ce risque. Selon des sources diplomatiques, il s’agirait d’un premier pas vers une action visant à limiter les privilèges accordés aux contenus britanniques, explique encore The Guardian.

Drama queen

Alors que l’Union européenne est le deuxième marché du contenu britannique, juste derrière les États-Unis, sa redéfinition en tant que « non européen » entraînerait une perte de part de marché importante. Mais pas seulement. D’après des représentants de l’industrie, cela pourrait tout bonnement empêcher certains films ou séries d’exister. Le drama serait particulièrement touché, puisque la prévente des droits internationaux de programmes telles que Downton Abbey et The Crown a souvent joué un rôle crucial dans le financement de leur production.

« Perdre l’accès à une partie substantielle du marché européen serait un coup dur pour le secteur de la télévision britannique, dans son entièreté, des producteurs aux diffuseurs en passant par les créatifs », redoute Adam Minns, directeur exécutif de la Commercial Broadcasters Association (COBA).

Dans un contexte post-Brexit toujours tendu entre les deux rives de la Manche, l’Union européenne n’a pas encore mis sa menace à exécution. Mais pour les représentants de l’industrie culturelle britannique, la question n’est plus de savoir « si », mais « quand ».

(Marise Ghyselings)

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