La série du jour: Small Axe

Dans Small Axe, série inattendue et magnétique, Steve McQueen ausculte le racisme au quotidien dans le Londres des années 70 et 80. 

Small Axe Prod
Diffusion le 7 juin à 20h30 sur Be1

Le titre est emprunté à une vielle chanson de Bob Marley – “If you are the big tree, we are the small axe”– la rythmique est atypique – les cinq épisodes peuvent se regarder indépendamment sur des formats inégaux, les deux premiers, Mangrove (128 minutes) et Lovers Rock (68 minutes), ont été sélectionnés pour le festival de Cannes qui n’a pas eu lieu l’an dernier. 

Plutôt que série, mieux vaut qualifier Small Axe de collection, un projet ambitieux qui forme une fresque puissante sur le racisme ordinaire dans l’Angleterre des années 70 et 80.  Floutant toutes les frontières entre cinéma et télé, Steve McQueen (qui a signé des films forts comme Shame et 12  Years  A  Slave) explore la force de résistance de communautés ostracisées et montrées du doigt par l’establishment. 

Mangrove, qui ouvre l’anthologie, se focalise sur la révolte d’un groupe de militants qui, en 1969, se retrouvent dans un petit restaurant antillais de Londres – le Mangrove. Ici, on se rencontre, on mange, on boit, on discute, on écoute de la musique – steel drums ou calypso – et on discute sous l’influence des idées du parti des Black Panther. On discute et on essaie de s’organiser contre les provocations de la police qui harcèle le propriétaire du Mangrove. Fatigué du mépris des policiers, les clients du restaurant organisent une marche qui sera vite matée par les forces de l’ordre et mènera neuf activistes devant la justice qui profiteront du moment pour transformer leur procès en caisse de résonance politique… 

Si Mangrove, plutôt classique, pose la question du racisme systémique au sein de la police anglaise, Lovers Rock est radicalement différent. L’histoire est celle d’une jeune Cendrillon qui, en 1980, assiste à une soirée reggae dans la communauté jamaïcaine. Alors que des jeunes Blancs rôdent pas loin et n’hésitent pas à lancer des cris de guenon, filles et garçons dansent au son d’un sound system de quartier qui enchaîne les tubes de “lover rock”, un style de reggae sentimental dont le pouvoir est de rendre les cœurs magnétiques. Dans une mise en scène inattendue, Steve McQueen pose sa caméra sur la piste de danse pour ne plus la quitter, filmant au plus près le mouvement des corps – du vertige sensuel provoqué par ce reggae doux à la transe déclenché par les échos du dub. La prouesse de Lovers Rock? Raconter une histoire de romance (la rencontre de Cendrillon et de son prince sapé) avec une économie de dialogues qui frôle le minimalisme, laissant toute la place à la musique. Audacieux et d’une grande beauté.

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