Michael Cimino: God Bless America

Regarder l’excellent documentaire diffusé par Arte, c’est prendre place à bord du bolide d’ébène du réalisateur Michael Cimino, pour un trip inédit à travers le cinéma et les somptueux paysages de l’Americana

Cimino @Belgaimages
Diffusion le 31 mai à 22h45 sur Arte

Si vous voulez comprendre mes films, il faudra prendre la route”. C’est ainsi que le critique de cinéma Jean-Baptise Thoret obtiendra enfin le Sésame tant attendu: un entretien de longue durée avec Michael Cimino, magnifique réalisateur controversé de trois des plus grands films de l’histoire du cinéma américain, dont Voyage au bout de l’enfer. Thoret en ramènera un livre passionnant, Michael Cimino, Les voix perdues de l’Amérique, dont est extraite la colonne vertébrale de ce non moins passionnant documentaire, véritable film de cinéma, et une vision inédite d’une Amérique beaucoup plus complexe que d’aucuns veulent bien se l’imaginer.

Car au fond, c’est ce qu’a toujours cherché Cimino, en (se) faisant des films: trouver sa place dans cette Amérique qu’il a filmée amoureusement (comme chez John Ford qu’il adulait, ses paysages sont des personnages à part entière de ses histoires), qu’il n’a pas ménagée. Et qu’en passionné d’architecture qu’il était (il meurt en 2016), il a tenté de refaire “une” tout au long de son œuvre.

A 35 ans, Cimino arrive déjà à cet équilibre impossible dans son premier film, Le Canardeur, road movie tendu entre le classicisme humaniste de Ford et l’Amérique contestataire du Nouvel Hollywood, obtenu par un deal audacieux avec la star Eastwood: “Je te donne trois jours de tournage ”, lui dira l’interprète de Dirty Harry, “si ce que je vois me plaît, tu continues, sinon, tu dégages et je réalise moi-même le film”.

Cimino a continué, mais pas pour longtemps. Le sublime Voyage au bout de l’enfer est taxé de racisme. La Porte du Paradis coulera la United Artists et Cimino, éternel incompris, sera mis au ban de Hollywood. Ce documentaire, porté par la voix rocailleuse du cinéaste, des images superbes, des commentaires passionnés de Tarantino et de gens du cru est l’occasion de refaire (littéralement) la route à l’envers sur sa carrière et de retomber amoureux, indéfiniment. De son œuvre, et de cette Amérique, à la fois détestable et envoûtante.

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