Que se passe-t-il sur le smartphone de nos enfants ?

Les ados passent en moyenne entre 60 et 70% de leur temps sur leur smartphone. Ils y vivent une véritable deuxième vie. Avec la pandémie et les confinements, le cyberharcèlement a explosé.

Belga

Les faits divers tragiques mettant en scène des adolescents se multiplient. Agressions, violences entre bandes, meurtres, suicides… Au départ de ces drames, bien souvent, des disputes surgies sur les réseaux sociaux. Jalousie à cause d’envois d’images intimes, embrouilles parties d’une mauvaise blague, revenge porn, rumeurs et calomnies visant une personne… De plus en plus, les ados vivent une véritable seconde vie sur leur smartphone et leurs parents ne sont bien souvent pas au courant de celle-ci.

La plupart des enfants ont leur premier smartphone à partir de 10 ou 11 ans. Difficile de faire autrement, tant la demande est insistance. Benoît a offert son vieil iPhone à sa fille pour son dixième anniversaire : « Cela faisait des mois qu’elle insistait pour en avoir un. Quand on regarde un film à la télé, tout ce qu’elle voit, c’est quel smartphone possèdent les personnages. Elle connaît les marques par coeur… Pas moyen de lui faire lire un livre ou une BD, ça ne l’intéresse pas. Tout ce qui l’intéresse, c’est Tik Tok ».

Depuis le premier confinement, le temps que les ados passent sur leur téléphone a explosé. Ils y sont entre 60 et 70% de leur temps. Qu’y font-ils ? Pas grand-chose, en vrai. Du moins, pas grand-chose de constructif. Discussions à bâton rompu, scrolling, likes à tout va, partage d’images ou de vidéos « marrantes » et pas toujours de très bon goût… Et puis, il y a les groupes qui se créent. Avec des connaissances, et d’autres qui n’en sont pas vraiment… Ainsi y rencontre-t-on des personnes pas toujours bien intentionnées.

Illusion du contrôle parental

Tandis que les parents se contentent de Facebook, devenu le réseau social des adultes, leurs enfants traînent quant à eux sur TikTok, Snapchat, Instagram et tant d’autres réseaux dont on ne connaît même pas l’existence. Tandis que les médias officiels font un travail éditorial, ces réseaux ne vérifient pas du tout (ou si peu) les images qui peuvent y être diffusées. Ainsi, en 2015, les images de décapitations par Daech étaient disponibles sur les réseaux tandis que les médias refusaient de les montrer.

Interrogée par Le Monde, la docteure en psychopathologie et docteure en droit et sciences criminelles Hélène Romano estime que les nouveaux outils numériques ont bouleversé la donne en termes de transmission des savoirs et des images : « Auparavant, les adultes étaient les “passeurs” ; désormais, ils courent après des enfants plongés avant eux – et plus vite qu’eux – dans un bain d’informations. Beaucoup sont dans l’illusion du “contrôle parental” ». Elle ajoute : « Comme pour la pornographie, cette effraction psychique est d’une violence inouïe ».

Quelle réponse apporter ?

Résultat, il est estimé qu’en Fédération Wallonie-Bruxelles, un élève sur trois est victime de cyberharcèlement. Face aux dérives numériques et à la flambée du cyberharcèlement, quelle réponse apporter ? En France, tous les collèges et lycées de France devront se doter d’équipes formées à la prise en charge du harcèlement, et d’élèves « ambassadeurs » pour lutter contre ce phénomène à partir du mois de septembre. Sera-ce efficace ? Il y a en tout cas une prise de conscience.

Chez nous, le cabinet de Caroline Désir travaille aussi sur une réponse à donner. « Il y a chaque année un appel à projets, il y a un numéro vert ‘Ecoute école’, il y a une plateforme, il y a des formations… mais l’action actuelle n’est pas assez structurelle, pas généralisable à toutes les écoles et celles-ci ne se sentent pas toujours soutenues », reconnaissait en janvier dernier la ministre de l’Enseignement sur la RTBF.

Des outils existent pourtant, comme l’application CyberHelp mise en place par l’Université de Mons. Elle permet aux victimes de cyberharcèlement d’activer une copie d’écran qui est envoyée à l’école. Une réponse automatique dit : « Attention, ne t’inquiète pas, ce n’est plus ton problème, c’est devenu le souci de l’Instruction qui va donner une réponse pour contrôler le phénomène ». Evidemment, un tel outil ne peut fonctionner que si les écoles disposent des moyens pour répondre aux demandes. Et là, il y a encore un énorme travail à fournir.

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