Le documentaire du jour: Shift

Shift de Pauline Beugnies déconstruit le modèle Deliveroo dans ce portrait choc d’un coursier à vélo en guerre contre le système.

Shift Prod
Diffusion le 3 mai à 21H05 sur La Trois

Dans le langage des plateformes de livraison, le “shift” c’est le créneau horaire pendant lequel le coursier se met à disposition pour pouvoir travailler. “Trois commandes en une heure, c’est la seule manière de gagner du fric, il faut donc des courses courtes” commence Jean-Bernard, dont le film de Pauline Beugnies (déjà remarquée pour Rester Vivants tourné au Caire, docu politique et sensible sur les révolutions arabes) fait le portrait au plus proche.

Politique, ce film l’est tout autant, dans sa manière de nous immerger dans le combat de ce livreur vivant à Bruxelles, entré dans la “communauté” des coursiers pour pouvoir payer son loyer, et dont la révolte s’incarne peu à peu sous nos yeux. “Au départ, je me sentais libre même si épuisé. Coursier, c’est un état d’esprit” raconte le jeune homme dont la destinée bascule en 2017 avec le vote de la “Loi De Croo” qui retire aux coursiers la possibilité d’être salariés de Deliveroo et les plonge de facto dans un système économique mortifère dominé par la concurrence maximale et le travail à la commande.

Jean-Bernard intègre un collectif de coursiers qui occupent le siège bruxellois de la plateforme, tout en essayant de conscientiser les autres coursiers et de négocier au ministère du travail, au risque de perdre leur compte. La grande force du film, au-delà du portrait d’un homme aux abois (qui déclame sur la place des Martyrs des abus maquillés par une “coolitude” et une “flexibilité” factice), c’est de déconstruire le langage de l’ultralibéralisme et de ce qu’on appelle l’“ubérisation” du travail. Derrière les algorithmes et la souplesse revendiquée se dessine une détresse sociale maximale qui broie les corps et les esprits, et appelle à une lutte salutaire.

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