Élie Semoun : “Il faut dire aux gens qu’on les aime”

Cette semaine, pas de Petites annonces ni de fous rires. Dans Mon vieux, Élie Semoun nous ouvre son cœur et son intimité. Un documentaire sensible, pudique et émouvant qui suit son parcours auprès de son papa, Paul Semoun, atteint d’Alzheimer et décédé en septembre.

Mon vieux Caméra subjective Alexandre Amiel
Diffusion le lundi 22 à 21h10 sur La Trois

D’où est venue l’idée de ce documentaire? Je postais déjà des vidéos de lui sur Instagram. Ce sont Gad Elmaleh et Franck Dubosc qui m’y ont poussé. J’ai demandé à ma copine Marjory ­Déjardin d’y ­participer. Elle est venue à la maison avec une caméra. Elle a passé une heure avec lui et m’a dit: “Il est génial, ton papa, on va le suivre… On va le faire, ce film!”

L’avez-vous abordé avec un objectif précis? J’avoue que c’était pour moi une façon d’échapper un peu à la réalité. Ça me faisait du bien quand la caméra était là, parce que j’avais l’impression qu’on était dans de la fiction. Quand on a arrêté, la réalité a repris ses droits de manière assez violente…

Comment avez-vous décidé d’arrêter le tournage? On a arrêté quand il est rentré dans un Ehpad, parce qu’il a commencé à se dégrader. Puis il y a eu ce putain de confinement. On ne l’a pas vu pendant au moins deux mois et demi… À cet âge-là, la dégénérescence avance très vite. Je regrette tellement que ce confinement ait précipité sa chute. Les gens qui ont Alzheimer, il faut être à leurs côtés, les embrasser, les toucher, leur dire qu’on les aime.

Dans le film, on voit votre sœur dire que vous êtes dans le déni… Ce qui m’en a fait sortir, c’est le départ des caméras. Là je me suis dit “il est vraiment malade”. Je le savais, je ne suis pas bête… Quand j’allais le voir, j’en revenais les larmes aux yeux, parce qu’une fois sur deux la ­communication était difficile. Heureusement, il avait un Alzheimer gentil. Il m’a toujours reconnu.

Avez-vous gardé l’espoir? On se dit toujours qu’on va trouver un moyen. Quand je l’ai emmené au Maroc, je me suis dit que ça allait l’exciter intellectuellement. Mais la maladie est plus forte. Il n’y a pas de médicament. Rien n’y fait… Le fait de le voir avec ces personnes âgées qui ­dorment toute la journée… Et comprendre qu’il en faisait partie c’est très dur. Ce n’était pas mon père, c’était bizarre. Il était recroquevillé sur un fauteuil et il dormait. C’est une image horrible. On ne peut pas ­rester longtemps dans le déni, à moins d’être complètement idiot.

Votre papa est décédé en septembre… Arrivez-vous à retrouver les souvenirs d’avant la maladie? J’ai mis beaucoup de temps à effacer les images de lui mourant. Quand je me souviens de lui pendant la maladie, ça ne me plaît pas. Mais j’arrive à surmonter. J’ai plein de messages vocaux de lui, parce qu’il téléphonait beaucoup. Parfois je les réécoute. Ça me fait de la peine. J’ai aussi des vidéos. Quand je retombe sur ­celles de la fin… Ce n’est pas celles que je préfère.

Que garderez-vous de cette période? Qu’il faut tout dire aux gens, parce qu’ils vont mourir. J’étais à Liège quand on m’a prévenu qu’il fallait que je me dépêche de revenir. Je ne pouvais pas rater le ­Thalys de 19h16. Je devenais fou dans les embouteillages. Le pire cauchemar aurait été de rater ce train. Je n’aurais pas pu vivre sereinement sans lui dire adieu.

C’est dur pour les aidants

Après le documentaire, des spécialistes et des seniors viendront aborder les enjeux du vieillissement et la place des personnes âgées dans la société. L’occasion d’aborder aussi le rôle, difficile, des proches. L’un des sujets de Mon vieux. “C’est dur pour les aidants, commente Élie Semoun. Si je devais leur donner un conseil, c’est d’être aussi des aimants. Ils ne doivent pas hésiter à donner de l’amour, mais ils ne doivent pas non plus hésiter à penser à eux. Pas de manière ­égoïste… Mais en se protégeant.”

 

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