Le film du jour: Green Book, sur les routes du Sud

Entre gags burlesques et sérieux du film sur la ségrégation raciale, Peter Farrelly livre un très beau film sur l’amitié en noir et blanc

Green Book Prod
Diffusion le 7 février à 21h05 sur France 2

L’histoire est tirée d’un fait réel. Dans les années 60, Don Shirley, grand pianiste de jazz Noir américain fait une tournée de concerts sur les routes du Sud ségrégationniste. Mais dans son périple, il doit suivre à la lettre les endroits listés dans le Green Book, où les Afro-Américains sont tolérés pour manger et dormir, lui rappelant sans cesse l’humiliation de ne pas être né blanc comme Tony Lip, son chauffeur d’origine italienne qui l’accompagne.

C’est paradoxalement en tournant seul que Peter Farrelly (frère de Bobby avec lequel il a réalisé les comédies régressives Dumb et Dumber et Mary à tout prix) creuse encore plus loin le cinéma de la dualité des frangins. Car son road trip teinté d’humour burlesque, mais dur aussi dans la réalité raciale qu’il représente, est une excuse. Une excuse pour raconter autre chose: celle de l’amitié improbable entre deux hommes que tout semble opposer, et que tout rapproche. A commencer par une extrême solitude dominée par leurs gènes et l’habitus social où ils évoluent. Si Tony et Don Shirley (Mortensen et Mahershala Ali, impeccables) sont aux antipodes socialement (dans un rapport de forces subtilement inversé où le Noir est le patron du blanc), physiquement (à la façon de Laurel et Hardy, l’un est Noir, élégant, mince et coincé, l’autre Blanc, ventripotent et sans manières) et culturellement (Don Shirley est musicien, homosexuel, éduqué par l’élite blanche, Tony, inculte et bourré de préjugés racistes), ils n’en sont pas moins des hommes (figurant les deux faces d’une même pièce, on retrouve la dualité) et ont de jolies choses à vivre ensemble.

C’est le message apparemment simpliste que veut nous faire partager Peter Farrelly. Mais qui par-delà les rires burlesques nés des collisions répétées de leurs différences, et par-delà même le plaidoyer antiraciste, touche très durablement les cœurs dans ces magnifiques scènes où les deux hommes apprennent à se découvrir et s’apprivoiser.

 

Plus d'actualité