La cravate, itinéraire d’un enfant gâché

Double portrait saisissant d’un jeune militant FN lors des présidentielles de 2017 et d’un parti extrémiste aux rouages diablement huilés

La cravate prod
Diffusion le 5 janvier à 20h30 sur Be1

Bastien est un gamin de 10 ans qui n’a qu’une seule passion, le Laser Game. Un petit gars comme tous les petits gars de son âge aux rêves démesurés autant que naïfs. Mais qu’un collège catholique rigoriste et humiliant va pousser à une première sortie de route en 2009, à 13 ans, lorsqu’il fugue, la carabine du paternel sous le bras, histoire de leur faire voir de quel bois il se chauffe. Les États-Unis connaissent leurs premières vagues de meurtres de masse dans les lycées et le gamin assez influençable en a vu tourner les images en boucle sur le Net. Il est heureusement arrêté à temps par les gendarmes.

À 15 ans, il milite dans les rangs du FN et le documentaire de Théry et Chaillou le “cueille” à ses 20 ans au tout début de la campagne présidentielle qui verra s’affronter sa présidente égérie, Marine Le Pen, et le jeune Emmanuel Macron. Au moment exact donc où Marine tente de se dégager de l’ombre tutélaire étouffante de Jean-Marie Le Pen et de dédiaboliser le parti pour lui donner des allures plus fréquentables.

Avec sa gueule de nounours, Bastien pourrait bien incarner ce renouveau dans l’extrême droite. C’est pour ça qu’il a rapidement pris du galon au niveau local et qu’il se retrouve là à nouer la cravate de son costume “respectable” qui le serre aux entournures et ne nous fait pas du tout croire qu’il lui sied mieux que son baggy de Gamer. Mais ce que suggère ce documentaire remarquable par son refus du manichéisme (les auteurs se sont faits forts d’utiliser une voix off omniprésente, laissant la possibilité à Bastien de corriger au besoin les erreurs qu’ils auraient formulé à son endroit) c’est que des Bastien secoués par la vie, il en existe des pelletées. Pour lesquels le FN, qui n’a en réalité pas changé de peau même sous l’appellation Rassemblement National, fait office d’accueillant chaleureux – quitte à les abandonner crûment en cours de route, comme il l’a fait avec Bastien, tuant son militantisme obéissant dans l’œuf – et prêt à caresser leurs idées rances dans le sens du poil. Un doc qui montre la bête rusée à l’œuvre et qui jette comme un froid sur l’échine.

 

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