Enfants stars d’Internet : pour le meilleur et pour le pire

Si certaines des très jeunes stars des réseaux sociaux et plateformes de vidéo en tirent beaucoup de profit et gèrent convenablement leur popularité, pour d'autres, c'est plus difficile. Illustration avec trois exemples récents.

Julien Beats a gagné des centaines de milliers d'abonnés en quelques semaines. (Crédit: Youtube/Julien Beats)

Si lors de la popularisation de Facebook le site était surtout prisé par les jeunes adultes et adolescents de plus de 16 ans, désormais, les réseaux sociaux sont nombreux. Et comme désormais, de nombreux enfants ont accès très tôt à un smartphone, une tablette ou un ordinateur, ce jeune public prend aussi part au Web 2.0, même si les réseaux ne sont plus les mêmes. TikTok et Twitch ont plus leur faveur que Facebook ou Twitter. Seul YouTube semble avoir traversé les générations. 

Bonne ou mauvaise chose ? Le débat sera pour un autre jour. Le fait est qu’aujourd’hui, les moins de 16 ans, enfants et jeunes ados, sont très nombreux derrière leurs écrans. Inévitablement, on en retrouve aussi devant les caméras. Dernièrement, trois d’entre eux ont été mis en avant, illustrant les bons et mauvais côtés de la chose.

Millionnaire mais mineur

Dernièrement, Forbes a publié le classement des youtubeurs les mieux payés de l’année dernière, soit entre juin 2019 et juin 2020. Et en haut du podium, on retrouve Ryan Kaji, un influenceur qui a… 9 ans. Selon les estimations du magazine spécialisé dans la finance, le garçon aurait récolté 28,5 millions de dollars. Enfin, la famille du garçon, surtout, qui gère toutes les opérations.

Sur sa chaîne Ryan’s World, suivie par 27,6 millions d’abonnés, on retrouve des vidéos éducatives, des dessins animés, des expériences scientifiques mais surtout des tests et présentations de jouets, d’activités pour enfants ou encore de bonbons. Parmi ses contenus les plus populaires, des ouvertures d’œufs surprises géants, contenant de nombreux jouets autour d’une thématique. Une sorte de Kinder Surprise de la taille d’un enfant. Une de ces vidéos, ayant pour thème Flash McQueen, le héros des films d’animation Cars, a même dépassé le milliard de vues.

En effet, désormais, les fabricants de jouets se ruent pour apparaître dans les vidéos de Ryan, dont le nom est aussi devenu une marque de jouets, vêtements et autres produits dérivés, source de revenus supplémentaires pour la famille Kaji. Le phénomène est tel qu’un ballon à l’effigie de Ryan, déguisé en super-héros, a flotté lors de la fameuse parade de Thanksgiving à New York cette année

Une popularité qui pose question, puisque les vidéos de Ryan sont destinées à un public de moins de 12 ans, et parfois bien moins, tout en proposant un contenu très publicitaire, dont les sponsors ne sont pas toujours mentionnés. La famille Kaji est d’ailleurs menacée par une enquête de la Commission fédérale du commerce américaine à ce sujet.

Outre l’aspect publicitaire, la popularité de ces contenus inquiète également les spécialistes des nouveaux médias, notamment Benjamin Burroughs, professeur assistant en analyse des médias à l’Université du Nevada. Il a déclaré à The Guardian qu’il s’est intéressé au sujet lorsque ses propres enfants ont voulu imiter Ryan. « Si mes enfants s’attendent à ce que notre famille ressemble à la sienne, ce n’est pas anodin. Dans la famille de Ryan, ils peuvent constamment consommer de nouveaux produits. Ils déballent un nouveau jouet chaque jour, et donc jouent avec un nouveau jouet chaque jour. Il y a donc un consumérisme constamment ancré dans ces messages à destination des enfants. »

« Wesh l’équipe »

Un des derniers phénomènes de YouTube en date est Julien Beats. Comme bon nombre de vidéastes, il se filme en écoutant des albums, de rap français dans son cas, et y réagit devant la caméra. Sur la plateforme, c’est un genre en soi. Sauf que Julien a 12 ans, n’écoute que quelques secondes de chaque morceau, sur lesquelles il base son avis, souvent très critique, imagé et gratuit. Lorsqu’il apprécie un titre, il n’hésite pas à sauter dans sa chambre, en tirant avec son pistolet à fléchettes.

Les premières critiques de Julien ont été publiées mi-novembre et 15 jours plus tard, des extraits de ses vidéos font le tour de Twitter. Sa chaîne passe de 60 abonnés à des dizaines de milliers en quelques jours. Aujourd’hui, ils sont 215.000 à le suivre. 

Fort heureusement pour lui, et bien qu’il soit malheureusement impossible d’échapper aux critiques sur Internet, les réactions à ses contenus sont majoritairement positives et bienveillantes. Les médias spécialisés l’ont tous déjà adopté, tout comme, et c’est plus étonnant, plusieurs rappeurs, même certains qu’il n’a pas hésité à écharper.

Une de ses vidéos les plus populaires concernait le dernier album du groupe 13 Block, qui font du rap “pour ceux qui aiment le tennis”, selon le jeune critique, qui venait d’entendre une rime sur Federer. Pas susceptibles, ni revanchards, les quatre rappeurs ont invité Julien Beats durant une émission radio qui leur était consacrée. Et dernièrement, Booba lui a proposé d’être un des premiers à écouter son prochain album.

Avec une popularité si fulgurante, on peut craindre des dérives. Mais différents facteurs font que, pour l’instant en tout cas, l’enfant est plutôt épargné. D’abord, avec son jeune âge, YouTube désactive automatiquement les commentaires sous ses vidéos, un espace de liberté où ses détracteurs potentiels pourraient s’en donner à coeur joie. Ensuite, il est encadré par ses deux frères qui gèrent sa communication et ses réseaux sociaux, ce qu’ils font plutôt bien. Sylvie Dieu-Osika, pédiatre et spécialiste de la problématique de la surexposition des enfants aux écrans, interrogée par Marianne, souligne d’ailleurs leur façon très intelligente de gérer le succès. 

Cette experte note les risques encourus par Julien avec ce succès soudain: jalousie, volonté de se consacrer à plein temps, et trop jeune, à la production de contenus ou encore tomber dans la spirale de la monétisation. Tous des problèmes qui peuvent être facilement évités avec un entourage sain et réfléchi, ce que Julien Beats semble avoir, à première vue.

Moins chanceux

Enfin, un troisième jeune ado a fait parler de lui dernièrement et prouve que le succès et les exploits ne sont pas toujours bien accueillis. Il s’agit d’Anders Vejrgang, un jeune Danois qui, a 14 ans seulement, est joueur professionnel du célèbre jeu vidéo de football FIFA. Un petit prodige donc, suivi sur Twitch, réseau social permettant de diffuser et commenter en direct ses parties de jeu vidéo, par plus de 330.000 personnes.

Un succès compréhensible lorsqu’on connaît le niveau du jeune homme. Dans un mode de jeu réservé aux meilleurs joueurs, il faut jouer 30 matchs en ligne sur un week-end. Ensuite, un classement est dressé, basé sur les résultats de chacun. Et pendant plusieurs semaines d’affilée, Anders est resté invaincu. Jusqu’à atteindre les 300 victoires sans défaite, un record absolu. Certains des meilleurs joueurs n’ont rien su faire face à lui, notamment un Français, trois fois champion du monde sur le jeu vidéo, qui a perdu 5-1 face à l’ado danois.

Malheureusement, plutôt que célébrer ses prouesses, de nombreux internautes malintentionnés préfèrent moquer, voire insulter directement le jeune homme sur les réseaux sociaux. Pour eux, impossible d’atteindre de tels résultats sans rester enfermé chez soi et sacrifier sa vie sociale. Certains s’amusent même d’un extrait de sa première défaite sur le jeu, où le garçon verse quelques larmes en fin de partie…

Preuve que tout champion qu’il est, comme les autres jeunes stars du web, il n’en reste pas moins un enfant.

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