Le film du jour: Un fils

À travers la course contre la montre de deux parents pour sauver leur fils, Barsaoui montre avec génie les fractures d’une société tunisienne en pleine révolution. Intense et bouleversant.

Un fils Prod
Diffusion le dimanche 20 décembre à 20h30 sur Be1

Couple de la bourgeoisie tunisienne, Meriem et Fares partent en escapade dans le désert de Tataouine avec leur fils Aziz, 11 ans, pour fêter la promotion de Madame. Quand soudain, ils sont la cible d’une attaque terroriste. Aziz, gravement touché, ne pourra survivre que si on lui transplante un nouveau foie…

Avec ce premier film, Mehdi Barsaoui raconte son printemps arabe, sa Tunisie de 2011, après Ben Ali. Entre la chronique sociale et le thriller, c’est tout le destin d’un pays qui bascule que le réalisateur met en lumière, à l’image de ce couple pris dans le chaos et qui va se lancer dans une effroyable course contre la montre pour sauver son fils.

Né en 1984, Barsaoui pose les jalons d’une Tunisie moderne dont les traditions irriguent encore les terres et les esprits. Et s’il n’a pas peur d’en montrer parfois crûment les pires travers comme le fondamentalisme religieux et la corruption (en témoigne cette course au foie dans un pays pas véritablement favorable au don d’organes mais où le trafic règne), il n’en rejette pas non plus les valeurs essentielles comme la famille. Certes, mise à très rude épreuve: au cœur du tourment, Farès, qui se porte volontaire pour la greffe, apprend qu’il n’est pas le père d’Aziz. On comprend alors la double allégorie, jamais pesante, du film: comment, après le mensonge, les manquements, les espoirs déçus, construire un avenir, fût-il incertain? Ce couple qui implose, et dont Barsaoui ne juge jamais aucun des partenaires, symbolise la mutation d’un pays en pleine révolution et qui doit à présent prendre soin de lui-même.

Brassant une multitude de thèmes (la filiation, la remise en cause du système patriarcal, le trafic d’organes…), Barsaoui, mêlant étonnamment les naturalismes intenses d’un Cassavetes et d’un Farhadi dépeint avec une incroyable justesse le destin d’un pays en train de se jouer. Une dernière chose: Sami Bouajila et Najla Ben Abdallah sont formidables.

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