Le film du jour: La bonne épouse

Changeant radicalement de cap, Martin Provost provoque les rires avec une comédie sur l’émancipation féminine portée par un trio d’actrices de choc.

La bonne épouse @Prod
Diffusion le 12 décembre à 20h30 sur Be1

Après Séraphine (de Senlis), la peintre abandonnée dans les oubliettes de l’Histoire et Violette Leduc, écrivaine contrainte de vivre dans l’ombre de son pygmalion, Martin Provost poursuit son exploration de la condition féminine, creusant cette fois dans la continuité de son œuvre un sillage inédit, celui de l’humour.

Pour cela, Provost va quitter les débuts du vingtième siècle et se rapprocher quelque peu de notre époque. L’aube des années 60. La société patriarcale semble n’avoir toujours pas bougé d’un iota dans ce monde du droit de vote acquis chèrement pour toutes et tous. En effet, dans cette France des droits de l’homme, c’est surtout le devoir des femmes qui règne. Paulette dirige avec entrain, mais aussi avec une vieille fille qui rêve du grand amour et une bonne sœur pas commode, une école ménagère pour apprendre aux jeunes femmes comment être de parfaites maîtresses de maison et satisfaire leurs futurs maris, avec le sourire en prime sur le gâteau. C’est pourtant quand son époux se casse la pipe que pour elle, la vie va commencer… Car son destin subitement contrarié par la mort et les dettes, Paulette va le prendre bien en main.

Dans des sixties reconstituées avec fraîcheur en route vers la liberté de 68, Provost met à nouveau à l’honneur des femmes qui s’extirpent de leur carcan, ciselant les dialogues et laissant libre champ à son formidable trio d’actrices dont les saillies comiques ne sont pas les seules forces du film. Oui, notre Yolande Moreau nationale s’avère à nouveau la complice idéale du réalisateur pour faire sauter les coutures d’un monde cousu main dominé par l’homme. Oui, la pétillance et le fantasque impriment cette histoire un peu tirée par les cheveux. Mais ce sont surtout ces moments qu’on n’attend pas, au milieu des rires, qui tapent juste, parlent d’identité au détour d’un amour au féminin et dessinent petit à petit les traits de la femme qui s’émancipe. Et dans la foulée, d’un monde qui, profitant de la brèche créée par ses rires et son courage, s’ouvre enfin à la tolérance. Le poète n’a-t-il pas dit que la femme était l’avenir de l’homme?

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