Nicolas Hulot sur le docu «Le monde respire» : «Il faut tirer les leçons de la crise»

Ce samedi, la RTBF diffuse un documentaire sur le besoin de rebâtir un monde plus écologique après la crise du Covid. Nicolas Hulot et Bertrand Piccard, présents dans le film, nous en disent plus à ce sujet.

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2020 a été une année difficile, et c’est un euphémisme. Avec la crise mondiale, à la fois sanitaire et économique, rarement l’humanité a connu plus dur moment dans son histoire récente. Mais au milieu du marasme, il y a une lueur d’espoir : que cette crise soit justement un tremplin vers un monde meilleur. C’est le message porté par le documentaire «Le monde respire», réalisé par le journaliste belge Adel Lassouli et raconté par Thomas Dutronc, qui sera diffusé ce samedi 12 décembre à 22h30 sur Tipik. L’objectif du film: montrer au travers les témoignages de nombreux intervenants célèbres que l’urgence climatique ne peut plus être niée, ainsi que présenter des solutions écologiques et facilement applicables pour les années à venir.

Parmi ces participants, on trouve l’ancien ministre français de l’Écologie, Nicolas Hulot, et Bertrand Piccard, connu pour son projet Solar Impulse. À la suite du documentaire, ils nous invitent certes à agir mais aussi à être solidaires pour ressortir plus grands de cette épreuve.

«Nous avons tous les outils pour nous permettre d’avoir un monde plus sobre»

Pour Nicolas Hulot, l’épreuve du coronavirus est non pas une chance mais une opportunité unique à saisir pour prendre de la distance sur notre société et sur les périls qui pèsent sur elle. Mais encore faut-il la saisir. «La crainte que nous avons, et je ne suis pas le seul à l’exprimer, c’est qu’on ne tire pas les leçons de cette crise qui n’est que l’avatar d’une crise qui est beaucoup plus profonde, c’est qu’il n’y ait que l’appétence de sortir de la crise du Covid et de repartir comme avant», s’inquiète l’ancien ministre. «Il faut prendre acte que nous faisons partie d’un tout, que nous sommes confrontés à des enjeux universels où nous serons tous gagnants ou tous perdants. Il est certain que dans la période qui est la nôtre se joue ni plus ni moins l’avenir de l’humanité».

En ce sens, le documentaire exprime très bien l’urgence de la situation, en expliquant que la décennie qui va suivre sera cruciale pour le sort de notre planète. D’où l’appel de Nicolas Hulot qui ajoute qu’il est capital de «trier entre ce qui sera vertueux et nuisible pour construire un modèle économique qui partage et protège». Et d’insister que les conflits liés à la rareté des ressources en terres ou en eau potable «ne sont pas une fatalité». «Nous avons tous les outils pour nous permettre d’avoir un monde plus sobre et je pense que la crise du Covid nous permet de synchroniser la science et la conscience».

Un panel de solutions à appliquer

C’est dans cette perspective que le documentaire donne la voix à ceux qui ont développées des solutions inventives. On découvre ainsi une myriade de pistes pour réinventer un monde plus vert. Il y a par exemple ceux qui troquent à Bruxelles leurs camions de livraison de supermarchés pour des vélos qui font tout aussi bien le boulot sans essence. Toujours dans la capitale belge, des potagers géants sont en plein développement pour manger local. On voit aussi une entreprise relocaliser en France la production de vêtements dans un but écoresponsable. Et la liste des idées est encore longue.

On pourrait toutefois remarquer la petite échelle de ces initiatives qui ne concernent pas les grandes entreprises polluantes. Dès lors, si la population adoptait toutes ces idées à large échelle, est-ce que ce serait suffisant pour régler le problème climatique? «Il y a eu une étude très sérieuse pour savoir quel effet cela aurait si on changeait tous nos comportements en fonction de nos possibilités. Cela règlerait entre 20% et 30% du problème. Cela est déjà énorme mais évidemment insuffisant. Le reste, c’est de la responsabilité des États», juge Nicolas Hulot.

Des objectifs atteignables si la transition est enclenchée

Il est donc nécessaire selon lui que «l’adhésion citoyenne rencontre une forme d’exigence des États» pour atteindre des objectifs comme l’agroécologie, la généralisation des énergies renouvelables ou encore l’établissement d’une économie sociale et solidaire. «Mais imaginer que l’on va résoudre la crise climatique en corrigeant à la marge et en prenant notre temps, avec seulement un peu de renouvelable et du bio, c’est de la foutaise. Il va falloir développer des choses en grand pour avoir de l’emploi, même s’il y a aussi des choses qu’il va falloir décroître, et c’est le rôle de l’État de faire cela, progressivement et en accompagnant».

Il est suivi en ce sens par Bertrand Piccard qui insiste sur le concept d’efficience pour expliquer comment les États appliquent une politique non-efficace sur le plan de l’écologie. «La règlementation actuelle est très laxiste, basée sur des procédés et des technologies qui datent du début de l’ère pétrolière il y a 120 ans, avec les moteurs à combustion, les maisons mal isolées, etc. Il faut absolument que les gouvernements aient des normes et des standards environnementaux beaucoup plus ambitieux parce que c’est cela qui va amener toutes les solutions vertueuses sur le marché. Cela va pousser les plus récalcitrants à adopter des comportements plus vertueux».

Bertrand Piccard est d’autant plus optimiste sur l’avenir que selon lui, les émissions de CO2 pourraient être coupées de moitié rien qu’en utilisant pleinement les technologies qui existent déjà aujourd’hui. «Ne disons pas aux gens qu’ils n’ont plus le droit de prendre la voiture, de se chauffer et de consommer alors qu’ils pourraient le faire de manière plus efficiente. Quant à la deuxième moitié des émissions de CO2, il faut soit des innovations supplémentaires, soit des comportements différents, un sens de la raison. Il faut arrêter le gaspillage mais faisons d’abord ce qui est possible de faire avec la technologie, parce que cela donne de l’espoir. Cela montre aux gens que la lutte contre le changement climatique et pour la protection de l’environnement est enthousiasmante, et que cela va leur apporter plus que ce qu’ils vont perdre. En d’autres termes, cela fera plus de gagnants que de perdants».

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