John Wayne, ce géant aux pieds d’argile

Ce soir Arte consacre sa soirée à John Wayne avec la diffusion de Rio Lobo, suivie d'un documentaire

John Wayne Arte

Avant de devenir ce beau colosse cheminant vers son destin de cow-boy solitaire dans La prisonnière du désert de son mentor John Ford, John Wayne s’appelait Marion Morrison, et était simple accessoiriste sur les décors des films du même Ford. Malgré sa grande beauté et ses 193 centimètres, personne ne l’avait remarqué quand il passait le balai dans les studios de la Fox. Personne, sauf Raoul Walsh, qui se fichant bien de savoir si un tel charisme était capable de jouer la comédie, l’engage illico comme rôle principal dans La piste des géants.

Le film fait un four. On accuse la maladresse de son acteur et Ford tourne le dos à Wayne pendant plusieurs années pour sa “trahison”. C’est tout de même l’Irlandais au fichu caractère qui remettra le pied à l’étrier à Wayne, lui offrant sur un plateau en or massif le rôle de Ringo Kid dans La chevauchée fantastique en 1939. À partir de là, tout s’enchaîne.

Dans la peau de nombreux héros de westerns, Wayne façonne doucement sa légende qui finit par se confondre totalement avec celle du grand Ouest. Devenant, à l’instar de Coca-Cola ou Mickey Mouse l’image par excellence de l’esprit américain. Mais le géant a un talon d’Achille. Quand les États-Unis s’engagent dans la Seconde Guerre mondiale avec des stars comme James Stewart, lui préfère profiter de son ascension fulgurante comme acteur. Il s’en mordra les doigts jusqu’à la fin de sa vie, lui, le héros de l’écran qui s’est défilé dans le monde réel.

C’est cette zone d’ombre du Duke que le doc John Wayne, l’Amérique à tout prix montre admirablement: transformé en patriote forcené par compensation, Wayne devient l’ennemi de la jeunesse et des féministes, incarnant l’Amérique et ses paradoxes comme personne. Autant haï pour ses positions ultraconservatrices qu’aimé pour sa droiture et son courage, le lonely cow-boy à la démarche chaloupée se confond toujours à l’horizon avec le rêve américain, 40 ans après sa mort.

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