Meurtres à….: sanglant tour de France

Ce soir, la RTBF rediffuse un épisode de Meurtres à..., tourné en 2015 avec Ingrid Chauvin. Quelles sont les raisons qui expliquent les succès d'audience de la série?

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L’anthologie réussit le pari de la régularité sans excès… Et ça paie, puisque, leur samedi soir, les polars de France 3 abattent régulièrement TF1. Il n’y a guère que The Voice (et encore, pas toujours) pour ne pas se faire assassiner. On l’a constaté avec Meurtres en Lorraine, qui voyait Stéphane Bern faire ses premiers pas dans la fiction, et qui a rameuté 23 % des téléspectateurs sur la chaîne locale (contre tout juste 27 pour le télé-crochet). Pas de ça entre nous s’était pris une sacrée dérouillée face à Meurtre en Auvergne en janvier 2019. 4,3 millions de téléspectateurs avaient opté pour la potée, contre, boum, 2,4 pour Arthur. Et c’était une rediffusion! On note encore  le Meurtre à Brides-les-Bains avec Line Renaud, qui avait flanqué une belle claque à la Chanson Secrète de Nikos Aliagas. Cet engouement populaire dure depuis 2013. Dès le début, les téléfilms ont engrangé une moyenne de 4 millions de fidèles à chaque diffusion. Si la moyenne d’âge de la chaîne oscille entre 61 et 62 ans, la vision différée, en Replay sur le site, a sensiblement rajeuni le programme.

Les raisons du succès? Elles sont multiples et tiennent d’abord évidemment au timing. En 2013, les grandes séries américaines commencent à lasser. Ça fait depuis 2000 qu’elles rassemblent les foules mais le cycle s’achève. Dans la foulée, la qualité de la production française a augmenté et particulièrement sur France 3. Plus belle la vie a développé dans l’Hexagone le concept “d’industrialisation des fictions”. Cela veut dire des tournages rapides, efficaces, des acteurs formés au format télé, des budgets serrés, mais aussi des équipes de scénaristes rompus aux codes et aux procédés qui marchent. Il y a eu Un village français. La chaîne a développé un savoir-faire et puisé les ressources dans son ADN. France 3, c’est la proximité. C’est la télé des régions, qui sort de Paris et arpente les campagnes et les actus locales. Il suffisait d’appliquer le principe aux téléfilms.

On sait ce qu’on regarde, ce qu’on a regardé et ce qu’on regardera. On s’amuse de voir comment les scénaristes trouveront de nouveaux ressorts. Meurtres à est familial et rassurant. On s’y installe sans crainte et avec la certitude de ne pas y affronter d’atrocités sorties de l’âme perverse de serial killers. L’effet miroir est revendiqué: la série va à la rencontre des gens, de leur histoire, de leur patrimoine et les montre tels qu’ils sont. Le public accro à Des racines et des ailes ou aux vues du Tour de France attendait cette télé rapprochée, cette fiction “Guide vert” qui valorise sa douce France. Sur la page officielle actuelle de la fiction du site de France 3, on lit: “Les fictions de France 3 reflètent tous les aspects de la société française, sur l’ensemble de ses territoires. Des histoires à hauteur d’homme, sur tous les thèmes: passions, trahisons, drames, inégalités sociales…” Les offices du tourisme et fonds de promotion des Régions mettent d’ailleurs souvent la main à la poche pour financer ces films, dont ils constatent l’impact sur l’image de leurs contrées. Les maires commentent et saluent “leurs” épisodes sur Twitter. Les quotidiens régionaux envoient des équipes sur les lieu de tournage.

Les castings rassemblent les habitants des villages. Côté casting, les 43 épisodes commencent à ressembler au who’s who de la télé, voire du ciné, français. Par exemple, Meurtres à Lisieux a fait rentrer Marie-Anne Chazel dans les ordres. La voici soeur Angèle, face à Flore Bonaventura et Joffrey Patel (Demain nous appartient).  Meurtres en Cotentin convoque Léa François, star de Plus belle la vie. Depuis Meurtre à Saint-Malo, le tout premier où on avait vu Louise Monot et Bruno Solo aux prises avec la piraterie, tout le gratin des séries a mené l’enquête: Lucie Lucas de Clem, Xavier Deluc de Sections de recherches (entre autres), Isabelle Vitari de Nos chers voisins, Rebecca Hampton, Lætitia Milot et Dounia Coesens de Plus belle la vie… Puis Ingrid Chauvin, Thibaut de Montalembert, Corinne Touzet, Sofia Essaïdi, Michèle Bernier. Il y a eu des poids lourds, comme Frédéric Diefenthal (deux fois), Hélène de Fougerolles, Cristina Reali, Stéphane Freiss, Line Renaud, Pierre Arditi, Adriana Karembeu. Les Belges Virginie Hocq et Bernard Yerlès. Les improbables Claire Chazal, Michel Cymès ou Stéphane Bern. Bref, Meurtres à réussit à motiver des personnalités crédibles et populaires et de façon de plus en plus spectaculaire. Sans doute parce que, même si les romances additionnelles et les éléments de comédie peuvent paraître gentillets, même si les crimes sont généralement élucidés par le spectateur avant le dernier quart d’heure, même si les répliques n’ont pas un atome du sel de celles de Capitaine Marleau, les personnages et leurs relations sont humains, cohérents et bien construits.

Dans Meurtres à, la recette ne change pas. Il va s’agir:

1) d’une enquête sur un crime;

2) lié à une légende locale;

3) menée dans une région française;

4) ce qui permet de scander le récit d’événements typiques et de paysages valorisant le patrimoine;

5) autour d’un duo surprenant de personnages que tout oppose;

6) incarnés par des acteurs connus;

7) et secondés par des personnages représentatifs de la population;

8) à la recherche d’un assassin ni gore ni tordu, pas trop méchant au fond.

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