« Depardieu, l’homme sans limite », portrait émouvant d’un homme adulé

Portrait émouvant d’un homme adulé, qui est arrivé à se rendre aussi attachant qu’ambigu.

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Un écorché en roue libre. Voilà comment on pourrait définir Gérard Depardieu aujourd’hui. Plus rien ni personne ne lui fait peur. Acteur mythique, père abîmé, fin amateur d’art et de bonne bouffe, provocateur prêt à s’afficher avec des dirigeants despotiques, gros Gégé a enchaîné les facéties comme les films. Ces dernières années, il a autant fasciné que révulsé, et s’est mué en un incroyable paradoxe. Le Français moyen peut à la fois s’identifier à son ras-le-bol des règles et dénoncer son manque de solidarité patriotique. Ses exils fiscaux en Belgique puis en Russie, pays dont il a obtenu la citoyenneté en 2013, ont frôlé l’affaire d’État et restent en travers de la gorge de beaucoup.

En réalité, Depardieu sublime ce qui le met en joie et fracasse ce qui l’emmerde. Il a d’ailleurs détruit les politiques qui lui reprochaient son départ, l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault en tête. “Je vous rends mon passeport et ma sécurité sociale dont je ne me suis jamais servi. […] Qui êtes-vous pour me juger ainsi, je vous le demande, Monsieur Ayrault?” Soucieux de dresser le portrait le plus précis de l’acteur, le journaliste Francis Babin propose un tumultueux voyage dans la vie de Gérard Depardieu, de son enfance à Châteauroux à son trip controversé en Corée du Nord. Il livre un document affranchi de tabou, mais surtout touchant et percutant, grâce aux témoi- gnages de nombreux proches. Ils relatent l’appétit de vivre d’un monstre sacré du cinéma français qui refuse de se refuser quoi que ce soit, et qui sort de la norme, non pas par envie ou par souci d’anticonformisme, mais par besoin vital. En découle le sentiment qu’à 70 ans et après plus de 200 films, Depardieu ne veut qu’une seule chose, une chose qu’il partage avec tous ses fans et tous ses détracteurs: qu’on lui foute la paix.

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