Comment Instagram dévalorise la beauté naturelle

Rares sont les utilisateurs qui postent encore des photos d'eux sans y appliquer un filtre. Pourtant dans la vraie vie, ils n'ont pas d'autre choix que de composer avec leur vrai visage. À moins d'avoir recours à la chirurgie...

©Belga Images

Errer sur Instagram en quête d’un quelconque contenu divertissant est une habitude. Qu’on le veuille ou non, notre portable devient progressivement la prolongation de notre main et il suffit d’un minimum d’honnêteté (ou de consulter une application) pour admettre que l’on passe plusieurs heures par jour à zoner sur les réseaux. Scroller Instagram truste souvent la première place des choses à faire lorsqu’on a du temps à tuer. L’un des passe-temps préférés reste la découverte de nouveaux filtres. Quotidiennement, Instagram ajoute des filtres plus ou moins marrants. Tous modifient votre visage. Teint halé, regard de biche, faux maquillage, sourire étincellant, ils changent ce à quoi vous ressemblez réellement et vous rendent « plus beaux ». En tout cas, c’est ce que vous finissez par croire. Aussi, il est désormais possible de créer son propre filtre et de le mettre à la disposition des autres utilisateurs. Ainsi, des centaines de plus sont disponibles dans l’outil de recherche. De quoi modifier son physique à l’infini. Évidemment, les stars s’en donnent à cœur joie en créant des filtres pour leur ressembler (coucou Kylie Jenner et Kim K).

Les filtres qui vont trop loin

Forcément, toute cette liberté donne des idées folles à certains. Fin octobre, Instagram devait calmer le jeu en interdisant les filtres à effet de chirurgie plastique. Grâce à lui, vous pouviez voir à quoi ressemblerait votre visage avec des lèvres plus épaisses ou un nez plus fin. Dans le même genre, Fix me vous décorait le visage de traits de stylo de pré-chirurgie. « Nous voulons que les effets Spark AR (la boîte qui gère les filtres, ndlr) soient une expérience positive. Nous réévaluons nos politiques existantes en ce qui concerne le bien-être. » Flippant non ?

Mais il n’y a pas que les filtres qui posent question. Des comptes entièrement dédiés aux modifications esthétiques existent également. C’est notamment le cas de Welcome to reality qui dénonce les techniques des stars pour avoir l’air plus belles sur leurs photos. La description de la page est claire : « si vous ne voulez pas voir la vérité, quittez cette page« .

Certes le fait que nos stars fétiches sont retouchées pratiquement constamment n’est pas un scoop. Mais l’utilisation abusive de ces filtres et autres effets poussent certains à ne plus accepter leur visage tel qu’il est réellement. Et donc à avoir recours à de réelles interventions esthétiques. « Je pense que 95% des personnes les plus suivies sur Instagram utilisent facilement FaceTune (application censée rendre tous vos selfies « plus beaux », ndlr) », détaille la célèbre maquilleuse américaine Colby Smith au magazine The New Yorker. « Et je dirais que 95% de celles-ci ont également subi une sorte de procédure esthétique. Certains choses sont très à la mode comme se relever les sourcils grâce à du Botox. Kylie Jenner ne le faisait pas il y a quelques temps, maintenant si. » Cette même Kylie Jenner est suivie par plus de 153 millions de personnes. Ça en fait des gens à influencer…

Un danger pour les ados ? 

Quand on sait que 71% des utilisateurs actifs mensuels sur Instagram ont moins de 35 ans, il y a de quoi s’inquiéter quant à l’influence jouée par le réseau social et ses filtres. L’adolescence est une période déjà assez difficile. Pas besoin d’en rajouter une couche en faisant germer l’idée que les visages ne peuvent être beaux que modifiés.

En 2018, l’American society of plastic surgeons estimait que les Américains avaient reçu plus de sept millions d’injections de neurotoxines et plus de deux millions et demi d’injections de remplissage. 92% des patients étaient des femmes. Le tout pour un total de 16,5 milliards de dollars. Si les chiffres ne sont pas aussi alarmants de notre côté de l’Atlantique, l’influence des réseaux sociaux n’en est pas moindre. Le 14 novembre, Instagram faisait disparaître les compteurs de likes sous les posts. L’idée : booster la créativité des internautes en leur donnant envie de publier des photos sans avoir peur qu’elles ne soient pas suffisamment likées. Parce que oui, au royaume d’Insta, la validation des pairs par leur like génère une pression dingue. Black mirror vous avez dit ?

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