« Torture propre, une invention américaine » : le déclin de l’Oncle Sam

Ce documentaire est un travail remarquable de réflexion et de témoignage. À voir ce soir à 22h25 sur La Une.

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Dans le genre baffe, voilà qui est magistral. Auberi Edler ne fait pas juste l’historique de la torture aux States, depuis l’esclavage. Elle en analyse les mécanismes étatiques et psychologiques, les significations et les implications. C’est un parcours, un crescendo vers l’horrible. À l’analyse théorique de professeurs universitaires d’histoire et de philosophie, succèdent les images de la recherche en psychologie. On voit les techniques de “lavage de cerveau” se formaliser, avec l’appui des scientifiques. Tests de privation sensorielle, électrochocs, torture auto-infligée (rester debout des jours durant), la CIA a tout mis en œuvre, par peur d’être dépassée par les interrogatoires du KGB. Quitte, pour cela, à enrôler les plus grands psychiatres qui vont tenter de vider le cerveau de patientes dépressives. Un ancien agent ajoute des détails. Puis, on découvre les cobayes, à l’époque et aujourd’hui.

La grande force de cette enquête est là : la journaliste a retrouvé les vraies gens, les témoins de première main. Comme les participants de l’expérience de Zimbardo, qui avait transformé des étudiants en détenus et des quidams en gardiens sadiques. Les protagonistes des deux côtés partagent leurs souvenirs. Zimbardo aussi. De même, un militaire affecté dans une prison irakienne, Tony Lagouranis, exprime sa culpabilité, son désarroi, sa colère… “J’étais contre la guerre, plutôt de gauche, je n’avais pas voté Bush, je voulais bien faire mon travail. Je me disais que si j’obtenais des informations, la guerre prendrait fin. Ce serait bon pour l’Irak, pour mon pays et pour tous ceux avec qui je travaillais.” Son récit, mêlé aux photos des sévices infligés aux prisonniers, choque et révolte. Comme tout ce qui est montré, des discours de politiques aux séquences de 24 heures chrono, dont le rôle est méticuleusement analysé. Un condensé d’intelligence et d’engagement, une brillante démonstration de la faillite morale de la première puissance mondiale.

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