« Elle est… Bo » élu meilleur documentaire à l’International Women’s Film Festival: retour sur ce témoignage feelgood

Elle est… Bo, le reportage d'RTL dressant le portrait d'une journaliste transgenre de VTM née Boudewijn Van Spilbeeck, a reçu le prix du meilleur documentaire à l'International Women's Film Festival. Un témoignage feelgood dans une réalité parfois plus sombre.

© Belga Image

L’histoire de Boudewijn Van Spilbeeck a dépassé la frontière linguistique et même nationale. En janvier 2018, ce reporter à l’international de VTM annonce: “J’ai pris la décision de dorénavant traverser la vie en tant que femme”. Boudewijn, 58 ans, sera désormais Bo. Une journaliste. L’annonce n’a pas suscité de tollé, ni d’indignation, ni de campagnes de trolls. Bo est apparue à l’antenne face caméra six mois plus tard, toujours sur VTM. Entre-temps, elle est passée sur le plateau de Quotidien et dans les médias du monde entier. Bo est devenue exemple, un peu porte-parole.

Dans le reportage que Marion Vagner, Michael Dupret et Christophe Deborsu lui consacrent, elle raconte que ce nouveau rôle lui semble important, elle qui, justement, a tant cherché des mentors et des modèles durant ses périodes de questionnement. Dans son livre, tout juste paru en néerlandais, Eindelijk vrouw (éditions Horizon), Bo raconte un chemin bien plus long que les 14 mois que nous montre le film. Il commence dès l’enfance, puis connaît un tournant le 17 février 2017, avec la rencontre d’une gynécologue elle-même transgenre. Un modèle, enfin.

Elle vécut heureuse, elle!

Bo est belle, son histoire l’est aussi. Parce qu’elle choisit dans ce témoignage de montrer le positif, en glissant sur les souffrances, dont on se doute qu’elles ont dû être réelles. La réaction des proches et des collègues est exemplaire. Bo ne perdra ni son job, ni l’amour des siens. Signe que notre société a évolué. En pratique, c’est indéniable: des structures existent, des services de spécialistes sont là, pour permettre aux personnes de vivre au mieux dans leur genre. Dans les hôpitaux, à Gand comme à Liège, des “Gender Team” accompagnent les personnes transgenres.

Une nuance s’impose: Bo est une people, avec une belle carrière derrière et devant elle. Bo a les moyens de ses ambitions (elle ne cache d’ailleurs pas le prix de certains actes esthétiques, car la mutuelle n’intervient pas dans tous les traitements). La réalité des gens lambda reste plus dure. L’Institut pour l’égalité entre les femmes et les hommes a reçu 818 signalements de discriminations liées au genre. 134 signalements concernaient les personnes transgenres. Alors qu’ils.elles représentent entre 2 et 3 % de la population. En 2017 le taux de chômage chez les personnes transgenres était de 11 % (la moyenne belge est de 8 % à l’époque).

Dans l’étude Être une personne transgenre en Belgique (2017), Michel Pasteel, directeur de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, regrettait: “Les personnes transgenres sont bien plus visibles qu’il y a dix ans, mais elles restent vulnérables face à l’incompréhension et à la haine. Elles sont régulièrement discriminées sur la base de leur identité ou expression de genre. […] Une réelle politique de prévention doit être mise en oeuvre. La population en général ainsi que certains groupes cibles, comme la famille, le lieu de travail et certaines instances, doivent être sensibilisés et mieux informés sur la transidentité et comment agir dans ce cas”. On pense aux écoles, aux médecins, aux assureurs…

Dans ce cadre, on trouve sur le site de l’association Genres Pluriels d’excellentes brochures d’information (www.genrespluriels.be). Genres Pluriels plaide également pour l’inscription explicite de la transphobie dans la loi contre les discriminations, aux côtés du racisme et de l’homophobie. Légalement, on avance. Depuis la loi de 2013 sur le mariage homosexuel, les unions ne sont plus dissoutes suite au changement de sexe à l’état civil. Depuis janvier 2018, il est plus simple et plus rapide de changer son prénom dans les registres. De même, la procédure de changement de genre administratif est facilitée. L’association Genres Pluriels pointe toutefois que la modification est irrévocable, tant pis pour les personnes à genre fluide. La bonne nouvelle est que le changement n’est plus lié à une opération médicale. Un grand pas, qu’on attend de voir effectif dans les mentalités. L’identité genrée reste en effet toujours associée à l’approche psychiatrique. Dans le reportage, Bo elle-même mentionne que la première étape de son parcours a été un rendez-vous chez le psychiatre. Or, on ne rappellera jamais assez qu’il ne s’agit pas d’une maladie mentale et que l’on ne peut pas conditionner des traitements médicaux à une validation psy.

Un message positif

Life, le magazine de RTL, mesure à quel point la société belge a évolué en vingt ans. “Le témoignage de Bo sera suivi d’un plateau avec d’autres personnes transgenres, une maman d’enfant en pleine transition et un endocrinologue, nous expliquait Sandrine Dans quelques jours avant la diffusion du documentaire. L’idée sera de partager d’autres histoires, parce que l’expérience de Bo n’est pas vouée à être généralisée. On ne voulait pas de débat. Parce qu’il n’y a pas de débat à avoir sur le sujet. De même, on ne voulait pas non plus inviter de psychiatre, parce qu’il faut éviter tout amalgame possible avec la psychiatrie.”

Le risque pour RTL, ce n’est pas le sujet, c’est d’oser un long documentaire! “Il y a vingt ans, un collègue est devenu Estelle, explique Bo. Du jour au lendemain, elle ne pouvait plus aller en reportage, plus être présente devant la caméra. C’était dans l’air du temps. Je me suis dit que j’allais tout perdre, ma carrière, ma femme, mes enfants, mes amis… Aujourd’hui, la Belgique est assez en avance, depuis la nouvelle loi de janvier 2018. C’est hyper-important qu’il y ait ce plateau pour élargir la perspective. Mon histoire n’est que mon histoire. On m’a reproché un côté trop positif. Ce n’est pas ça. J’ai eu des moments difficiles, même très difficiles, mais j’ai voulu donner un message d’espoir. Ça reste un combat de tous les jours, mais ça ne sert à rien, selon moi, d’encore attrister les gens plus qu’ils ne le sont.”

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