DAB+ : le futur de la radio, vraiment ?

Technologie encore obscure pour la plupart des auditeurs, le lancement officiel de la DAB+ vient d’être annoncé en Belgique francophone. Solution du futur ou simple remise à niveau ?

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Branle-bas de combat. Les chemises sont bien repassées et les discours prêts : ce 4 novembre, tout le gratin de la radio belge francophone était réuni au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pour lancer en grande pompe la DAB+. Trois lettres et un symbole mystérieux pour le simple quidam, mais plus pour longtemps. En effet, la réunion donne le coup d’envoi d’une vaste campagne de communication autour de ce nouveau standard de diffusion en Fédération Wallonie-Bruxelles. Outre-Quiévrain, on l’appelle RNT, pour « radio numérique terrestre », peut-être plus parlant que ce « Digital Audio Broadcasting ». Reste qu’il s’agit de la même technologie : un signal sonore capté via les ondes gratuitement, à l’instar de la bonne vieille FM, à l’exception que celui-ci est numérique. À ne pas confondre avec les « webradios » en revanche, puisqu’il ne faut pas disposer de connexion Internet pour recevoir la DAB+ — juste d’un poste de radio adapté.

Si « le taux d’équipement n’est que de 10% dans les foyers belges francophones à l’heure actuelle », selon Frédéric Gérand, responsable publication radio à la RTBF, les revendeurs ont déjà commencé leur campagne de séduction auprès des consommateurs. Le secteur concerné aussi, avec la diffusion de spots radio bien sûr, mais aussi télévisés, et des publications sur les réseaux sociaux. Le politique a par ailleurs imposé aux constructeurs qu’à partir du 1er janvier 2021, toutes les voitures devront être équipées pour recevoir les chaines DAB+. 

« + » et mieux

« DAB+, ma radio en mieux », promet la campagne. Oui, mais mieux comment ? Une offre plus diversifiée, d’abord, puisqu’elle contourne la saturation de la bande FM. « La DAB+ a déjà 50% de chaines en plus aujourd’hui », développe Frédéric Gérand. Soit 25, dont 10 uniquement disponibles en DAB+. Fini aussi les grésillements, puisque toutes les radios affichent désormais une qualité numérique. À ce plus grand confort d’écoute viennent s’ajouter des informations complémentaires sur les programmes en cours, sous forme de textes. Les chaines apparaissent également par ordre alphabétique : il n’est donc plus nécessaire de connaitre une fréquence par cœur pour pouvoir écouter sa radio préférée sur un poste.

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À partir de 2021, toutes les nouvelles voitures devront êtres équipées de la technologie DAB+.

C’est également une technologie gratuite. « On oublie souvent qu’Internet n’est pas un service gratuit », rappelle le responsable publication radio de la RTBF, avant d’ajouter : « même si je ne souhaite pas opposer DAB+ et webradios ». Selon lui, « c’est une technologie ultra-solide, capable de survivre à une guerre thermonucléaire, ou presque ». Elle permet en tout cas de communiquer en cas de crise qui entrainerait une saturation des réseaux et est donc fiable pour s’informer de la situation. Bonus écolo : moins d’antennes et moins de rayonnement électromagnétique — en comparaison avec la FM —, cela équivaut aussi à une consommation moindre en électricité.

Une bien lente révolution

À la RTBF, on est particulièrement fier d’annoncer trois nouvelles chaines : la radio urbaine Tarmac, qui a fait office de test pour la DAB+, une chaine de découvertes musicales baptisée JAM et Viva+, axée chanson des années 60 et 70. « Sans cette technologie, la FM étant saturée, on n’aurait pas eu la possibilité de proposer ces nouvelles chaines », explique Frédéric Gérand. Une aubaine aussi pour la concurrence, à qui l’on a donné l’opportunité d’étoffer son offre.

Pour obtenir sa « capacité » — le terme qui remplace désormais la « fréquence » en DAB+ —, les radios de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont dû postuler à un appel à candidatures lancé par le CSA début 2019. « Un dossier conséquent », commente-t-on du côté de la RTBF, même si le service public n’a pas dû le déposer, service public oblige. Les radios FM de couverture nationale ont quant à elles automatiquement obtenu leur capacité, tandis que les radios locales sont gérées à part.

Et maintenant ? Maintenant, plus de changement avant neuf ans. D’ici-là, la FM ne sera pas supprimée. C’est qu’il avait déjà fallu près de dix années pour lancer le format en Belgique, le temps « qu’un ministre y croie et dégage les fonds qui permettent de faire basculer le secteur sur la DAB+ », confie Frédéric Gérand, qui souligne le caractère politique de la transition. « La DAB+ n’est d’ailleurs pas une technologie récente : elle a déjà 20 ans ». La révolution en profondeur promise pour la radio est donc très lente. Neuf ans. Une éternité. 

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