Ce samedi, faites-vous peur avec ces films et séries d’horreur

Halloween oblige, la télé voit gore cette semaine. Pourtant, à observer les films et séries qui sortent ou vont sortir, on constate que c’est Samain toute l’année.

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Dans la catégorie ”tu vas voir ce que tu vas prendre”, la palme revient à Be tv. La semaine de la chaîne est fort à propos jalonnée d’atrocités et de visions de (futurs) cauchemars. Halloween 11 sur Be 1 assure la grosse sortie ciné. Côté séries (sur Be Ciné), la deuxième saison de Chair de poule: Les fantômes d’Halloween comble un public jeune (mais pas trop et de préférence accompagné). Côté films à la demande, on note l’arrivée d’Hérédité, de Sans un bruit, Mandy, d’Overlord et American Nightmare. Faites chauffer le pop-corn et planquez-vous sous vos coussins. Surtout qu’à côté, Netflix et Amazon Prime ont aussi sorti leurs griffes (de la nuit) avec la très bonne création française Marianne et American Horror Story (saison 8, Apocalypse) sur la première et, sur la seconde, The Purge et Lore, qui se voit finalement doté d’une saison 3 alors qu’elle avait été officiellement annulée. L’heure est à l’effroi.

Merci, Donald!

Combien de fois le genre a-t-il été enterré? L’histoire de l’horreur, c’est un “up and down” permanent, miroir fascinant de l’évolution de la société. Les premiers chefs-d’œuvre du genre n’arrivent pas pour rien dans les années 30. L’horreur de fiction annonce l’arrivée de la vraie. La déferlante de films d’épouvante – qui poseront les balises pour des générations – des seventies et des années 80 est expliquée par les chercheurs par la fin des Trente Glorieuses. La guerre du Viêtnam, la peur du Sida, la menace nucléaire, la guerre froide ont engendré les classiques.

Le genre s’essouffle dans les années 90, pour mieux revenir avec, d’abord, Scream, qui joue sur la technologie, l’émancipation des ados et l’avènement de la génération pop culture. Mais c’est le 11 septembre et la peur du terrorisme qui génèrent toute la production ultra-gore des années 2000, ce fameux ”torture porn”, dans l’escalade du sadisme, dont Saw reste l’exemple le plus fameux.

© ProdSaw © Prod

Pourtant, ces dernières années, le genre s’est à nouveau réinventé, à l’aune du changement climatique, de la terreur de l’apocalypse et de la montée des extrêmes. Le monstre, c’est l’homme. Get Out, Sans un mot installent l’horreur psychologique, l’effroi face au mal. Andy Muschietti, réalisateur des deux volets de Ça associe ses films à Trump: ”Nous vivons dans une culture de la peur, avec des dirigeants qui essaient de diviser les gens, de nous contrôler, de nous conquérir et de nous dresser les uns contre les autres”. Le récit atroce reflète le malaise ambiant, l’exorcise (ah ah), peut parfois jouer les mises en garde, comme The Purge, au cinéma comme en série. Dans le monde de classes qui y est dépeint, le pouvoir raciste et dictatorial permet aux gens de s’entretuer un jour par an, pour maintenir la paix le reste du temps.

© ProdDans The Purge, une fois par an pendant 12 heures, les citoyens peuvent se livrer à tous les crimes, sans crainte de poursuites.

La madeleine de Proust du gore

Le genre zombie, lui, marque le pas. The Walking Dead n’en finit pas d’agoniser et de se décliner en produits sans imagination ni intérêt, comme le Black Summer de Netflix. Les morts-vivants ont vécu. Place à la nostalgie. Regarder un film ou une série d’horreur, pour la génération biberonnée à Stephen King et aux soirées vidéoclub, c’est un moment régressif. Alors on ne joue plus avec les codes comme Scream, on les reprend. Le premier degré et les thèmes classiques sont de retour. Marianne nous montre une écrivain d’horreur, tourmentée et rock’n’roll, aux prises avec les monstres qu’elle a créés (on s’arrête là). La série française multiplie les clichés: invocations, fantômes, chien (Cujo évidemment), curé pas gentil, bande d’enfants devenus adultes. Elle se démarque en jouant sur la nudité et une sorte de trash psychanalytique.

A nightmare on Netflix

Le filon produit même à plein régime. Les excellents Hérédité, American Horror Story, The Haunting Of Hill House ou Typewriter, terrifiante série indienne (sur Netflix) réinterprètent l’horreur gothique de la Hammer: maison hantée, enfant cauchemar, sorcières, démons, fantômes, fête foraine… On palpite, sursaute face aux ”bouh”, craint les boogeymen, se cache les yeux devant les massacres comme des ados, mais on savoure l’esthétique, l’interprétation d’acteurs de haut vol, les effets narratifs, les scénarios diaboliques et l’art du cadrage des réalisateurs.

© ProdMarianne © Netflix

Sur Amazon, Lore plonge depuis trois saisons dans les racines du mal, en imaginant les événements réels à l’origine des pires cauchemars… Une démarche tout aussi référentielle mais plus originale. De même, Dans les hautes herbes, film adapté d’une nouvelle de Stephen King et de son fils Joe Hill, revisite le thème de la série Le prisonnier ou du Cube de Vincenzo Natali (aux manettes ici aussi). Disponible sur Netflix, le huis clos reste dans les ficelles et rebondissement du genre, mais dans une version verte, environnementale, actuelle. Face au film, la série permet le temps long, le développement des situations, des caractères, l’identification et la montée de l’angoisse. Une expérience quasi livresque… Avec, pour seule réserve, le risque de tirer en longueur ou de partir en cacahuète.

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