La réalité se mêle à la fiction dans la saison 2 de « La Théorie du Y »

Le deuxième chapitre de la web série à succès s’ouvre aujourd’hui avec deux épisodes disponibles sur Auvio, YouTube et Facebook. Entre vrais témoignages, expo photo et militantes à l’écran, la série prend un tournant encore plus engagé. Au risque de nous perdre ?

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C’est suite à une rencontre dans une boite de nuit qu’Anna, en couple avec un homme depuis plusieurs années, commence à avoir des doutes sur son hétérosexualité. Après plusieurs crises de doutes, des rencontres enrichissantes et une plongée dans son passé, la jeune femme réalise qu’elle est en fait bisexuelle. Voilà ce que nous racontait la première saison de La Théorie du Y, une web série créée par Caroline Taillet et Martin Landmeters et acclamée par la critique, autant chez nous qu’à l’étranger. Le show a notamment remporté deux prix lors de l’International Online Web Fest de 2017: meilleur montage et meilleur espoir féminin pour Léone François, son actrice principale révélée notamment dans Typique, une autre web série co-produite par la RTBF. Le public a également apprécié la saison 1 qui enregistre deux millions de vues, toutes plateformes confondues. 

Assumer sa bisexualité

Au début de cette deuxième saison, on retrouve Anna, de retour d’un séjour à Berlin l’ayant libéré de certains de ses questionnement. Dans la capitale allemande, la jeune femme a pu assumer pleinement son orientation sexuelle, hors de son quotidien et de la pression familiale. Rentrée au pays, elle doit désormais gagner sa vie et accepte un boulot dans l’entreprise de son père. Un travail qui la mettra sur le chemin d’un groupe de lesbiennes et de leur bar « clandestin », Le Boudoir.

« Dans cette saison, Anna cherche à s’affirmer, mais plutôt dans le monde LGBT. Beaucoup de filles nous ont dit que c’était chouette de voir des personnages qui se posent des questions et qui recherchent leur orientation sexuelle, mais qu’elles ont aussi besoin de modèles qui s’assument, qui vivent des histoires fortes et positives », nous explique Caroline Taillet. Ces récits de vie, les scénaristes les ont trouvé dans les expériences de leurs proches ou dans ceux de plusieurs femmes interviewées pour l’écriture du scénario. Leurs témoignages se retrouvent dans une exposition photo montée par Anna… et que l’équipe de la série a décidé de faire vivre en dehors de l’écran. Les photos prises par Ophélie Longuépée font donc l’objet d’une expo itinérante en Belgique. « Certaines des filles interviewées dans la série jouent en fait leur propre rôle. Cela donne un côté un peu documentaire, car tout ce qui est dit est vrai. On a essayé de se rapprocher le plus possible de vrais propos, de ce que les femmes lesbiennes ont vraiment envie de dire de leur sexualité », continue Caroline Taillet. Un aspect docu que l’on retrouve à plusieurs moments de la saison, mais qui nous détache malheureusement de l’intrigue principale et de l’histoire d’Anna.

Un propos qui s’essouffle 

Si l’on salue les thèmes abordés (du féminisme à la bisexualité en passant par l’homosexualité et le sexisme), La Théorie du Y semble malheureusement tourner en rond. Jusqu’à parfois desservir le propos… À force de discuter sans cesse de leur orientation, des remarques sexistes qu’elles ont déjà reçues, du combat LGBTQI+, du coming-out, etc. les personnages semblent ne se définir que par leur homosexualité (ou bisexualité dans le cas d’Anna). Un manque d’équilibre pourtant absent de la première saison qui dépeignait la bisexualité avec justesse et délicatesse.

On veut montrer que « La Théorie du Y » n’est pas une série de niche.

Aux côtés d’Anna, on retrouve le personnage de Malik (Salim Talbi), homosexuel d’origine maghrébine ayant du mal à faire son coming-out auprès de sa famille. Son personnage gagnant en importance, l’acteur rejoint Léone François sur l‘affiche de la série. « J’étais contente de voir la montée de certains personnages qui étaient plutôt secondaires en saison 1. J’avais moins la sensation qu’Anna portait seule cette histoire. C’est ce qui est intéressant dans le développement de la série : il y a plein de points de vue différents, d’histoires différentes et de manières de vivre une sexualité », raconte Léone François, l’actrice principale dont la performance est toujours aussi juste.

© Ophélie LonguépéeLéone François et Salim Talbi © Ophélie Longuépée

Le personnage de Lucy prend également plus de place, les créateurs voulant explorer « les filles à pédés », une expression qui désignerait « les jeunes femmes célibataires et hétéros qui sortent beaucoup en soirée avec des homosexuels », explique Caroline Taillet. « Les trois orientations sexuelles sont donc représentées, mais ce n’était pas forcément voulu. Même si on trouve ça chouette qu’il y en ai un peu pour tout le monde, on considère aussi que si les personnes LGBT se sont identifiées à des personnages hétéro toute leur vie, le contraire est possible aussi. On veut montrer que La Théorie du Y n’est pas une série de niche ».

Pleine de bonnes intentions, cette deuxième saison (dont nous n’avons vu que les quatre premiers épisodes) est malheureusement moins forte que la première. Si La Théorie du Y a eu premièrement l’audace d’aborder un thème très peu (voire pas du tout) abordé dans les séries francophones, elle perd ici de sa substance en s’embourbant dans de trop nombreuses sous-intrigues pour son petit format (10×10 minutes) et en adoptant un ton militant trop appuyé qui finit par éclipser Anna et Malik. Si on est peut-être passé à côté du propos, on espère que la série pourra aider son jeune public à se sentir moins seul dans certains de ses questionnements et sentiments.

Les 10 nouveaux épisodes de la saison 2 sont à découvrir deux par deux tous les jeudis dès ce 17 octobre sur Youtube, Facebook et Auvio et dès le 2 novembre sur La Deux.

Issue de la web série, l’exposition « Inverties » de la photographe Ophélie Longuépée donne à voir et à entendre 11 femmes qui aiment les femmes. Une expo photographique et sonore itinérante à découvrir dès la mi-novembre (plus d’informations suivront).

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