Friends, The Office, Seinfeld : pourquoi les plateformes se battent pour ces séries à coup de millions

Une véritable foire d’empoigne a lieu entre les différentes plateformes de streaming, prêtes à dépenser des centaines de millions pour que les séries les plus populaires tombent dans leur escarcelle.

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La guerre fait rage entre les différentes plateformes de streaming. Amazon Prime, Hulu, HBO, Disney+, Netflix… Toutes se battent bec et ongle pour défendre leurs droits de retransmission acquis de haute lutte et pour arracher aux griffes de leurs ennemis intimes l’objet de leurs convoitises : les vieilles séries. Vieilles, façon de parler, puisqu’il s’agit entre autres de Friends, The Office ou Seinfeld. Mais, dans le paysage grouillant d’activité des séries – où 500 séries sont en cours de production rien qu’aux Etats-Unis –, elles font tout de même figure de pionnières d’un autre temps.

Netflix a eu le nez creux en s’appropriant les droits The Office et de Friends, de même qu’Hulu avec Seinfeld. Ces trois sitcoms, qui ont chacune bercé leur fanbase durant leur décennie de prise d’antenne, connaissent encore un tel succès à l’heure actuelle qu’elles sont les plus populaires de 2018 auprès des abonnés des deux diffuseurs.

La jeune génération est très curieuse de découvrir ces séries-cultes qui se sont forgé une réputation à une époque où les séries disposaient de davantage de visibilité et où leur écosystème était relativement limpide. Confronté à un choix pléthorique, le millenial s’en remet souvent à des valeurs sûres. Qui plus est, les contraintes liées à la linéarité de la télé ont été rendues caduques par la netflixisation de notre consommation audiovisuelle. Nul besoin de devoir se ménager une plage horaire bien précise pour pouvoir apprécier son émission préférée, la sVoD (subscription video on demand) a changé le paradigme pour installer un mode de visionnage de binge-watching. Et les séries susmentionnées, longues de plus ou moins dix saisons chacune, sont propices à satisfaire des sérievores que nous sommes devenus.

Mercato sériel

Mais, toutes les bonnes choses ayant une fin, les contrats de droits de retransmission sont dotés d’échéances bien précises. Et le mercato des séries n’a rien à envier à celui du mercato footballistique. Le couteau entre les dents après les divers camouflets que Netflix leur a infligé, les grandes boîtes de production et de diffusion sont prêtes à délier les cordons de la bourse pour mettre sur orbite leur propre plateforme de streaming fraiche émoulue.

Que ce soit Friends, The Office ou Seinfeld, toutes se trouveront sur le marché dans les deux années à venir. La première a été achetée à hauteur de 425 millions de dollars pour cinq ans d’exclusivité par WarnerMedia, dont la plateforme HBO Max sera lancée en printemps 2020. La deuxième a été arrachée à Netflix par Comcast, venue avec une offre de 500 millions de dollars les cinq années suivant le lancement de son service de streaming. À n’en point douter, Seinfeld fera l’objet d’une offre équivalente, elle qui avait déjà été valorisée à hauteur de 160 millions lors de l’achat effectué par Hulu en 2015. Sony Pictures Television, qui dispose de ses droits de diffusion, pourra facilement faire monter les enchères alors que WarnerMedia, Comcast et Disney sont déjà sur les rangs.

Netflix & Spill

Plus la demande sera forte, plus les séries du genre se vendront à prix d’or. La course à l’armement a commencé et la multiplication des plateformes de streaming va intensifier l’inflation des prix des droits de retransmission. Dans certains cas, les grands studios cherchent à ramener dans leur crèmerie des émissions qu’ils avaient eux-mêmes produites.

L’objectif de ces manœuvres est surtout d’affaiblir l’ogre Netflix, incapable de suivre la surenchère. Tout le monde s’est ligué contre l’instigatrice des plateformes de streaming, qui a pour la première fois accusé le coup en enregistrant une baisse de son nombre d’abonnés lors du dernier trimestre. Subtiliser ces séries à Netflix l’oblige également à devoir miser sur ces propres productions, core-business de l’entreprise certes, mais plus risquées, chronophages et coûteuses à mettre sur le marché. Des séries qu’elle a produites, rares sont celles à avoir passé l’épreuve du temps, exception faite d’Orange is the New Black et Stranger Things. On peut désormais s’attendre à ce que ces séries atteignent un nombre conséquent de saisons, de sorte à conserver les abonnés fidèles.

Dans le chef des gros studios, la présence dans leur catalogue de Grey’s Anatomy ou Mon oncle Charlie n’est pas un gage de réussite assurée. Ces séries ne sont qu’un argument de vente parmi d’autres parce que rares sont les abonnés à avoir souscrit à une offre spécifiquement en raison de séries de cet acabit. Ce qui a fait le succès de Netflix, c’est la quantité invraisemblable de productions originales que la plateforme a su proposer. Et, avec l’éclatement soudain de l’offre, se faire une place au soleil passera par la capacité à générer du contenu original de qualité. Bref, faire du Netflix encore une fois.

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