Trop peu de diversité culturelle dans les médias traditionnels?

La télévision et les métiers du divertissement ne sont pas assez représentatifs de la diversité culturelle de nos sociétés. Harry Roselmack l'a dénoncé hier sur Europe 1. Le constat vaut aussi pour la Belgique, où la représentativité est même en baisse...

Trop peu de diversité culturelle dans les médias traditionnels?

En 2008, Harry Roselmack (photo) devenait le premier homme noir à présenter le journal télévisé de 20h sur TF1. Pour autant, et même s’il reconnait que les choses évoluent petit à petit, le journaliste et réalisateur (son thriller psychologique Fractures est sorti en DVD début mai) regrette que les minorités soient encore trop peu représentées dans les médias en général. « Il n’y a pas assez de diversité dans les métiers de représentation que ce soit dans les médias, dans l’acting (comprenez le théâtre et le cinéma, NDLR) ou en politique« , a-t-il estimé mercredi au micro d’Anne Roumanoff sur Europe 1.

Un constat également pointé du doigt par l’humoriste en vogue Fary qui, en mai dernier au cours de la cérémonie de remise des Molières (les Césars du théâtre) avait lancé un « Salut les Blancs » au nez d’une assemblée et d’un Alex Vizorek – présentateur de la cérémonie – pris d’un rire nerveux, pour dénoncer le manque de diversité dans le milieu de la comédie.

Harry Roselmack estime qu’un élan politique mais aussi citoyen sont nécessaires pour faire évoluer les choses. « En France, les communautés noires ou maghrébines n’ont pas conscience qu’il est nécessaire de se mobiliser et de parler pour obtenir des choses. (…) Force est de constater qu’aux États Unis dans un contexte différent, car les Américains ont vécu la ségrégation, les communautés se sont mobilisées. Et cela a donné des résultats« . Qu’en est-il chez nous ?

Représentativité en baisse

En avril 2018, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) présentait son 4e baromètre sur la diversité et l’égalité. Pas de grand bouleversement structurel par rapport aux derniers rapports de 2011, 2012 et 2013, mais une catégorie était en net recul, celle qui concerne l’origine perçue. Joëlle Desterbecq, directrice d’études et de recherches au CSA, remarquait que la diversité recule dans l’ensemble des genres de programmes, mais aussi dans les rôles médiatiques socialement plus valorisés. Dans le genre de l’information, par exemple, la diversité a reculé de 4,5%. »Les personnes issues de la diversité sont toujours très présentes dans le rôle de vox populi, c’est-à-dire un rôle d’affect ou de témoignage plutôt que dans le rôle de porte-parole ou d’expert. Le programme qui laisse le plus de place à la diversité, c’est le sport » observait-elle..

Finalement, lorsque des personnes issues de la diversité sont bel et bien visibles dans un média, c’est très rarement dans un rôle actif. Si les visages de Hadja Lahbib (RTBF) et Hakima Darhmouch (passée de RTL à la RTBF il y a un an) sont devenus familiers des téléspectateurs belges francophones, le parcours des deux femmes restent (relativement) exceptionnel au sein des médias traditionnels. Débarqué il y a deux ans, Tarmac – le média jeune et 100% numérique du service public consacré aux cultures urbaines – se veut volontairement plus inclusif : la plupart des animateurs sont racisés (issus des « minorités visibles »). Mais Tarmac n’est que l’arbre qui cache (un peu) un secteur audiovisuel (trop) largement dominée par la forêt blanche.

Pour la première fois, le baromètre s’était également intéressé aux publicités. 2756 spots publicitaires avaient été analysés à trois moments différents, lors d’un jour « non-neutre » (la Saint-Valentin), un jour de semaine ordinaire et un jour de week-end. Là aussi, le constat est alarmant : la communication commerciale exclut purement et simplement les personnes issues de la diversité, les personnes de plus de 65 ans et les personnes handicapées…

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