Pourquoi il faut voir When They See Us, la nouvelle série bouleversante de Netflix

Une série qui aborde l'injustice raciale en retraçant l'histoire vraie de cinq adolescents, accusés à tort du viol d'une joggeuse dans Central Park en 1989.

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La nuit du 20 avril 1989, une jeune femme de 28 ans nommée Trisha Meili est retrouvée entre la vie et la mort dans les buissons de Central Park. Elle a été sauvagement agressée et violée. Elle restera 12 jours dans le coma et n’aura aucun souvenir de cette nuit-là. Cinq jeunes hommes, – quatre Afro-américains et un Latino : Antron, Kevin, Yusef, Raymond et Korey – ont été reconnus coupables par leurs jurés lors de deux procès séparés en 1990. Les condamnations ont ensuite été annulées en 2002, suite aux aveux du véritable violeur, Matias Reyes, confondu par des preuves ADN.

Un fait-divers sordide, qui démontre le racisme institutionnel qui gangrène tous les rouages de la société américaine, raconté par la série When They See Us. L’histoire est donc « inspirée de faits réels ». Quatre mots imprimés au fer rouge dans le fond de notre rétine. Une phrase qui ne nous lâche pas, tout du long des quatre épisodes de la mini-série de Netflix. Elle suscite indignation, révolte et interrogation face au récit qui se déroule : Comment le système judiciaire américain a-t-il pu être si défaillant ?

Accusés à tort, ces cinq adolescents, qui avaient tous entre 14 et 16 ans, ont vu une partie de leur vie arrachée. Une enfance brisée, volée, pour ces jeunes dont la seule culpabilité aura été de se trouver dans Central Park au moment de l’attaque, comme des dizaines d’autres. La police en a fait des coupables, créant de toutes pièces un récit, pour arracher des aveux en promettant à ces adolescents qu’ils pourraient rentrer chez eux s’ils admettaient un crime qu’ils n’avaient pas commis. La réalité aura été très différente. Antron, Kevin, Yusef, Raymond et Korey vont purger entre 6 et 13 années de prison. En 2014, ils ont obtenu un « dédommagement » de 41 millions de dollars, bien que la ville de New York ait nié tout acte répréhensible.

Signée par la réalisatrice Ava DuVernay, qui avait déjà produit le poignant documentaire « The 13th » sur le 13ème amendement de la constitution des États-Unis, la série When They See Us fait partie de ces œuvres dont on ne sort pas indemnes. Un récit qui fait particulièrement écho à l’actuel gouvernement américain. En 1989, alors que l’affaire était en procès, Donald Trump a dépensé environ 85 000 dollars sur son propre argent pour faire paraître une annonce d’une page dans les quatre principaux journaux de la ville de New York, appelant à ce que la peine de mort soit rétablie pour ces « cinq criminels », qui, on le rappelle, étaient tous mineurs. Il y écrit « Je hais ces agresseurs et ces meurtriers. Ils devraient être forcés à souffrir. Oui, Maire Koch, je hais ces meurtriers et cette haine ne s’atténuera jamais… Comment notre grande société peut-elle tolérer la brutalisation continue de ses citoyens par des marginaux décérébrés ? »

Il s’agit sans doute de l’œuvre la plus forte d’Ava DuVernay. Une série difficile, dont il est déconseillé d’avaler les quatre épisodes d’un coup si l’on tient à sa santé mentale. Le documentaire « The Central Park Five » avait déjà entamé le travail de réhabilitation de ces cinq adolescents en 2012. Mais ce dernier était sorti dans un climat très différent, puisque Barack Obama était alors président des États-Unis. Et si When They See Us ne rendra ni l’innocence, ni les années perdues d’Antron McCray, de Kevin Richardson, de Raymond Santana, de Yusef Salaam et de Korey Wise, elle permettra de les présenter pour ce qu’ils étaient en 1989 et que personne ne voyait : des adolescents innocents.

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