Péplums : par le glaive et la jupette

Le péplum a longtemps été considéré comme une kitscherie avec héros bodybuildés. Pourtant, sans lui, pas de grand spectacle, de super-héros ni même de Game of Thrones...

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Genre mal-aimé qui a pourtant fait les beaux jours de Hollywood lors de son apogée dans les années 50, le péplum est né devant la caméra des frères Lumière en 1896, sous la forme du court-métrage Néron essayant des poisons sur des esclaves.

Inutile de dire que le genre a évolué sous la houlette des Italiens qui en font leur cheval de bataille dans les années 10. Ces films qui idéalisent l’Antiquité grecque et romaine nécessitent parfois des budgets pharaoniques. Comme Cabiria, première superproduction au monde réalisée par Pastrone en 1914, où des décors grandioses en dur remplacent les toiles peintes de ses prédécesseurs. C’est pour ce film que Pastrone réalisa le premier chariot à travelling. Jaloux, l’Américain David W. Griffith multipliera par dix le gigantisme de Cabiria pour son film Intolérance.

On ne parle pourtant pas encore de péplum (c’est Tavernier qui inventera le terme vers 1950), mais de «films à sandales et épées». Les Américains occupent à présent les studios romains de Cinecittà, reléguant les productions transalpines à d’aimables épopées de héros en jupette. 180 péplums y seront tournés, mêlant grosses machines américaines et petits films fauchés italiens. Au Maciste du muet, répond Victor Mature, «Monsieur Muscle» viril, torse nu et huilé dans La Tunique (1953). L’écran de ciné s’agrandit encore grâce au procédé du CinémaScope et peut contrer la télévision qui lui grignote du terrain.

Avant Stallone et Van Damme, c’est le règne des héros bodybuildés avec Steve Reeves et Heston, dont la notoriété explose avec Ben-Hur, sa course de chars démente (inspiration de… Star Wars!), ses 11 Oscars… et son côté gay à peine voilé. Considéré comme kitsch, le péplum, qui fut relégué dans l’oubli par le western à l’aube des Sixties, est pourtant le lieu de grandes avancées, tant techniques que sociales. De fait, même le grand Kubrick s’y attèlera avec Spartacus. Doté de belles archives et du concours d’Oliver Stone, l’excellent documentaire Péplum: muscles, glaives et fantasmes le ressuscite une nouvelle fois, et avec panache, après le multiprimé Gladiator de Ridley Scott. On lui devait bien ça.

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