Que vaut l’adaptation en série de « Vernon Subutex » ?

Très attendue, l’adaptation de Vernon Subutex fait ce qu’elle peut pour entrer dans l’univers romanesque de Virginie Despentes, mais propose une lecture – forcément – éloignée du fantasme des fans.

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C’est l’histoire d’un type dont le blouson en cuir a pris la forme de son corps et qui, s’il pouvait parler, pourrait résumer les hauts faits de sa biographie. Disquaire faisant autorité dans le milieu du rock parisien, Vernon Subutex officiait derrière l’autel d’une chapelle fréquentée par les adeptes purs et durs d’une musique avec laquelle on ne badinait pas et faisait office de deuxième oxygène et de raison de vivre. Quand son magasin, le mythique Revolver, mis K.-O. par la crise de l’industrie du disque, a baissé les volets, Vernon s’est, lui aussi, senti tiré vers le bas. Au moment où démarre la série, des huissiers investissent son appartement pour l’en expulser. Motif: seize mois de loyers non payés. Un sac, trois vêtements chiffonnés, quelques fétiches, des écouteurs, le trottoir, un arrêt de bus, la pluie, et voilà une existence qui bascule.

C’est le début d’une errance urbaine qui va mener Vernon Subutex de canapé en canapé, squattant l’espace vital de vieux amis rangés des voitures, et très surpris de le voir réapparaître dans les oripeaux du parfait SDF en devenir. À son contact, ces anciens combattants du rock – un scénariste crevard mais bien marié, un producteur de ciné imbuvable, une ancienne groupie devenue fonctionnaire – se remémorent un passé dont seul Vernon, sourire aux lèvres, semble ne pas s’être affranchi. Dans la poche de son blouson, des enregistrements vidéo d’Alex Bleach, icône rock de la scène parisienne, copain de la bande dont la mort par overdose met en stress ceux qui ne veulent pas se faire éclabousser par quelques épisodes compromettants d’antan…

L’attente et la pression étaient à son maximum pour cette adaptation de la saga de Virginie Despentes, roman choral au temps de la précarité et de la violence économique. Le résultat, signé par Cathy Verney (Fais pas ci, fais pas ça et Hard), ne peut s’imposer qu’en demi-teinte, tant Subutex appartient à une génération, chacun ayant fantasmé son propre Vernon. Le découvrir sous les traits de Romain Duris, dans un look qui n’a plus vu une dosette de lessive depuis longtemps, est fourbe mais frustrant. Forcément frustrant. Comme si on était présenté pour la première fois à quelqu’un qu’on connaît bien. L’intrigue de la chasse aux cassettes vidéo, fil conducteur du livre de Despentes, prend ici beaucoup de place, ainsi que la musique (très chouette au demeurant) qui enrobe et surligne une narration à certains moments pas toujours limpide.

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