Gaëtan Vigneron : “Une histoire en 21 épisodes”

Gaëtan Vigneron évoque une saison de Formule 1 qu’il estime prometteuse, la star montante Charles Leclerc, mais aussi l’avenir – incertain – de la discipline sur l’antenne ertébéenne.

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Impérial sur les pistes, Lewis Hamilton, quintuple champion du monde, est en train de confirmer son statut d’hyper– favori… Il est incroyable. Chaque saison, il gagne encore un peu plus en maturité”, nous confie l’inusable Gaëtan Vigneron à propos du pilote britannique qui, en Chine, signait sa 75e victoire personnelle lors du 1.000e Grand Prix de l’histoire du championnat du monde de F1. Mais à part ce goût de déjà-vu, quoi de neuf dans les paddocks?

Vous venez d’enchaîner le Bahreïn, la Chine et l’Azerbaïdjan. Toujours aussi épuisants, ces débuts de saison?

GAËTAN VIGNERON – Oui, mais je ne m’en plains pas. Les vols de nuit, les décalages horaires, les attentes à l’aéroport, les allers-retours en Belgique, les réunions et la préparation du Week-end sportif constituent une vraie performance physique, mais après plus de vingt-cinq ans, je suis rodé. Je tiens grâce à deux choses: la passion et l’adrénaline.

Vous en profitez d’autant plus intensément que la RTBF risque un jour de perdre la F1 au profit d’une chaîne payante, comme c’est déjà le cas en France ou en Angleterre?

Le contrat arrive à terme, en effet. Et rien n’est encore négocié pour la suite. Mais je sais que les responsables de la F1 ne sont pas insensibles au fait que la discipline reste sur un service public, à la portée de tout le monde. Basculer dans une bulle où seuls les férus pourront en profiter, ce n’est pas dans leur intérêt. Je pense aussi au fait que la F1 à la RTBF, c’est quand même une grande tradition. Cela fait plus de 50 ans que nous la diffusons, et durant cette période, il y a eu à peine trois commentateurs: Paul Brant, Richard Debeir et moi…

Parlons de ce début de saison. On pensait assister à un combat acharné entre Lewis Hamilton et Sebastian Vettel, mais ce sont surtout les Mercedes qui dominent…

Oui, mais le duel avec Ferrari est loin d’être terminé. Et les Red Bull, qui misent sur une grosse évolution aérodynamique pour le début du cha-pitre européen à Barcelone. Mais ce qui risque surtout d’être palpitant, c’est le combat qui est livré au sein même des écuries. Chez Mercedes, Hamilton doit quand même composer avec la rigueur et la gnaque de Valtteri Bottas, tandis que chez Ferrari, on a un quadruple champion du monde nommé Vettel qui ne sait plus quoi faire pour contenir l’ardeur du jeune Charles Leclerc. Même la lutte en milieu de peloton est intéressante: ça se bat dans un mouchoir de poche.

Charles Leclerc, c’est un pilote comme on les aime, qui n’a peur de rien ni de personne. Selon vous, est-ce la grosse surprise?

Oui. Si Ferrari ne privilégiait pas Vettel avec des consignes de course qui lui sont favorables, Leclerc serait probablement devant son coéquipier au championnat. Mon premier contact avec lui remonte à 2017, en Azerbaïdjan, quand il était encore en GP2. Il venait de perdre son père, il avait écrit “Je t’aime papa” sur son casque, et il a gagné la course. Après, on a eu la chance de l’avoir comme consultant. C’est vraiment un gars attachant, doublé d’un bosseur. Et comme je l’ai expliqué à l’antenne, il est là grâce à Jules Bianchi (décédé en 2015 – NDLR). Il considérait Leclerc comme son petit frère et il a un jour conseillé à son manager Nicolas Todd d’aller voir comment il se débrouillait sur les pistes de karting. C’est là que tout a commencé. Aujourd’hui, il est chez Ferrari, la team où Bianchi allait se retrouver si le destin n’en avait pas décidé autrement…

Vous avez toujours aimé les histoires qui se passent en dehors des circuits. C’est important de faire vivre la F1 de cette façon-là?

C’est même essentiel. C’est une discipline qui doit continuer à faire rêver et raconter des histoires. Une saison de F1, c’est une histoire en 21 épisodes, qui va bien au-delà des performances techniques.

Les responsables réfléchissent à la manière de rendre la F1 encore plus attrayante…

Oui, et tout cela est extrêmement complexe. Il y a à la fois Liberty Media (désormais propriétaire de la F1, dont elle gère notamment les droits commerciaux), la Fédération internationale de l’automobile (alias la FIA, qui s’occupe plutôt des règlements sportifs et techniques), mais aussi les constructeurs, qui ne veulent pas perdre leurs avantages là où d’autres estiment qu’il faudrait une meilleure distribution des revenus pour mettre tout le monde à égalité. En gros, l’idée, c’est à la fois de plafonner les budgets des teams, de redessiner le contour des monoplaces et de rendre la compétition plus concurrentielle. Tout cela en gardant à l’esprit que la F1 doit rester le formidable laboratoire qu’elle est aujourd’hui, où l’on teste des technologies (dont les moteurs hybrides) qui ont toujours rejailli sur les voitures de Monsieur et Madame Tout-le-Monde.

D’un point de vue personnel, comment souhaitez-vous voir évoluer la discipline?

L’un des aspects les plus importants, finalement, c’est de laisser les pilotes s’exprimer. Qu’ils se fâchent sur la piste et en dehors et qu’ils évitent d’avoir des discours politiquement corrects en interview. Peu importe si on les trouve sympathiques ou arrogants, du moment qu’ils provoquent des étincelles et que quand ils enlèvent leur casque, on voit apparaître leurs émotions. On l’a vu au Grand Prix d’Australie, quand Bottas a lancé un “Fuck you à ceux qui se sentent concernés” dans sa radio, à ceux qui ne croyaient pas en ses chances de victoire. C’est génial, parce que tout à coup, ce Suédois un peu renfermé devient plus “humain”. La Formule 1, ce sont quand même les pilotes les plus doués du monde, qui roulent sur les voitures les plus rapides et les plus difficiles à conduire qui soient. Il faut donc qu’on continue à considérer ces gars pour ce qu’ils sont, à savoir des gladiateurs des temps modernes!

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