Eden: la nouvelle série d’Arte sur les réfugiés

Coproduction franco-allemande, Eden explore en six épisodes la crise migratoire via plusieurs personnages.

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Le destin fait parfois bien les choses. C’est suite à une rencontre au festival Séries Mania qu’est née Eden… et c’est lors de la dernière édition de cet événement dédié aux séries que son réalisateur Dominik Moll et son équipe sont venus le présenter au public et aux professionnels.

En alliant leurs forces, les pôles français et allemand d’Arte et le groupe ARD proposent dans cette mini-fiction un regard commun sur la migration et racontent les différentes approches des deux pays face à la crise migratoire. Pour remettre l’humain au centre d’un sujet débattu longuement sur les plateaux de télévision et dans les journaux, l’équipe d’Eden décide d’en parler via cinq groupes de personnages répartis dans plusieurs pays. Amare et son frère, deux Nigériens qui arrivent en Grèce et se retrouvent parqués dans un camp de réfugiés. Yiannis et Alexandros, agents de sécurité dans ce campement. Hélène, femme d’affaires française en charge du lieu qui enchaîne les allers-retours entre la Grèce et Bruxelles. Plus près de nous, Maryam, Hamid et leur fille arrivent à Paris après avoir fui la Syrie de Bachar el-Assad et tentent de démarrer une nouvelle vie. Enfin, la famille Hennings complète le tableau de cette série chorale en accueillant dans son foyer Bassam, un réfugié syrien. Le fils de la famille, Florian, lui réserve un accueil particulier…

Très fouillé, ne lésinant pas sur les détails, Eden tend parfois vers un ton documentaire qui, au vu de la gravité de son sujet, est loin d’être dérangeant. On a voulu être très fidèle à la réalité, donc on s’est beaucoup documenté et on a fait appel à des consultants”, nous explique Olivier Wotling, directeur de la fiction d’Arte France lors du festival lillois. Pour mettre en images leur projet, les créateurs et scénaristes (appuyés par la chaîne) se tournent vers Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien). On l’a choisi pour son rapport à l’intime, à l’humain. On cherchait quelqu’un d’ouvert sur le monde au niveau linguistique. On s’est dit qu’il pouvait aborder ce sujet en rentrant dans les personnages avec la force de son cinéma que l’on connaît bien”, explique Wotling.

Mettre l’humain et l’émotion au centre de la série

Un choix qui paie. Eden ne s’enfonce pas dans le pathos et arrive à raconter la détresse et l’espoir de ses personnages avec justesse, humanité, respect. Moi qui dans mes films n’avais jamais abordé de thème sociétal d’une telle importance, ça m’a à la fois intrigué et effrayé, car je me suis dit qu’il ne fallait pas se louper sur un tel sujet. Le fait que ce soit une coproduction franco-allemande et un tournage multilangue m’a aussi attiré. Très vite, j’ai su qu’on ne pourrait pas traiter le sujet de façon exhaustive. On s’est donc appuyé sur les cinq trames écrites par les scénaristes. Le plus important c’était de mettre l’humain et l’émotion en avant et de montrer que derrière tous ces réfugiés, il y a des individus avec leurs histoires, leurs peurs, leurs émotions”, confie le showrunner.

Le réalisateur français a été aidé dans sa tâche par un casting qui ne connaît (malheureusement) que trop bien le sujet des migrations. Jalal Altawil (Fares dans la série) est par exemple lui-même réfugié syrien.C’était d’une grande aide d’avoir des acteurs comme lui. Il a vécu la dictature de Bashar El-Assad, il nous a beaucoup parlé de ses expériences et ce sont des choses qu’on a essayé de mettre dans la série.” Les cicatrices de Fares sont les siennes, la cellule d’un mètre quarante en prison aussi. Ces scènes ont été très difficiles pour moi, car elles sont très personnelles, témoigne l’acteur, véritable star dans son pays d’origine et aujourd’hui exilé en France.

Malgré ses cinq trames narratives, Eden ne se disperse pas et arrive à aborder plusieurs aspects essentiels de la crise migratoire: la famille, les passeurs, la capitalisation des réfugiés, la pauvreté de certains Européens (Yiannis et Alexandros), le régime syrien et la peur de l’autre. Un regard juste et humain sur les migrations qui n’oublie heureusement pas les ressorts de la fiction pour harponner le spectateur.

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