Otage(s) : rester humains

Otage(s) rassemble les témoignages de sept captifs, longtemps après leur détention. Sans pathos.

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“Lorsqu’ils sont libérés, l’histoire ne s’arrête pas”, insiste Michel Peyrart, grand reporter et maître d’œuvre du documentaire. Lui-même a été incarcéré par les talibans en Afghanistan en 2001. Leur origine, leurs geôliers, les circonstances de leur détention sont différentes mais tous ont vécu la déshumanisation, la solitude, l’incertitude. Tous ont élaboré des stratégies de survie. Tous ont dû se reconstruire. On a parlé d’eux durant leur captivité. On a montré leurs premiers instants de liberté, la descente d’avion, le salut présidentiel. Puis on les a oubliés, au moment où justement ils étaient prêts à raconter.

Cette étape essentielle de la reconstruction, Michel Peyrart la leur a donnée, à eux qui parfois ne peuvent pas aborder le sujet avec leurs proches. Face caméra, ils livrent leurs terribles récits. Pierre a été enfermé par Al-Qaïda pendant quatre mois dans un trou à même la terre, sans lumière, sans son, sans contact. À son retour, il n’a pas retrouvé son job dans l’humanitaire. Oscar a pourri 8 ans, 2 mois et 24 jours dans la jungle des FARC. Peter, le journaliste américain, est resté un an, dix mois et quatre jours en Syrie. Il a vécu la trahison de son compagnon de cellule, qui s’est échappé sans lui. À leur retour, tous partagent leur besoin d’essentiel, de s’entourer de personnes vraies.

Otage(s) aurait pu être un reportage sensationnaliste. C’est un film humain et esthétique. À l’horreur des souvenirs s’oppose la beauté des paysages dans lesquels ces survivants évoluent aujourd’hui. Et la force de ces personnes, que le réalisateur a rencontrées, mises en confiance et très longuement interviewées, pour dépasser les clichés. Un document exceptionnel. 

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