De Dag : la série belge qui a du cran

Les séries belges ont la cote, dit-on en citant La trêve et Ennemi public. On oublie de franchir la frontière linguistique. Or De Dag, diffusé sur Be tv et traduit en The Day, a sa place sur le podium. Cocorico, kukeleku!

De dag Be

Mi-septembre, le Festival de La Rochelle a donné à De Dag son prix de la Meilleure fiction européenne de l’année. Les deux premiers épisodes ont d’ailleurs été diffusés au prestigieux festival Are You Series?, fin d’année à Bozar. Payante sur Telenet en mars 2018, la série est ensuite passée sur Vier début d’année. Carton. 712.000 spectateurs (vision directe et différée) ont accroché. Sur Twitter, la fin a déclenché la fièvre. Les critiques du nord du pays ont été nombreux à la qualifier, excusez du peu, de “meilleure série flamande depuis Matrioshki” (2005). Voilà. On vous a spoilés…

Un scénario d’horlogers

Certes, on n’en a encore rien dit. Mais mentionner son succès ôte en effet un peu la surprise de ce thriller psychologique en 12 épisodes de 42 minutes. De Dag avance masqué. Son ouverture n’est pas un “pilote” plein d’effets scotchants. Pas de générique stylé pour suggérer son climax. Tout démarre comme une “bête” affaire de casse, avec prise d’otages. Si l’on en parle, si le public flamand s’enflamme, vous l’aurez compris: ceci n’est pas un polar tranquille. On le réalise vite, et Vos, l’héroïne principale, le dit pour nous: “Quelque chose ne colle pas”. Il suffit d’une plante verte et d’une clé pour que l’on comprenne que le braquage et le scénario sont une mécanique d’horloger. Une fois le doigt dans ses engrenages, le spectateur capturé se retrouve condamné au bingewatching. On est face à l’œuvre de perfectionnistes.

L’idée est venue en 2008 à la journaliste Julie Mahieu, qui a partagé l’idée et le boulot avec son compagnon, Jonas Geirnaert, dessinateur de BD et réalisateur de films d’animation connu jusqu’ici pour ses talents comiques. Le projet a été lancé pour de vrai il y a cinq ans. Ce temps n’a pas été perdu: chaque scène est ciselée. Et tout a été soumis aux pros de la vraie vie: les négociateurs de la police ont étudié le script et évacué les artifices trop hollywoodiens pour plus de réalisme.

Oser la comparaison

Déjà, il a fallu un sacré cran pour aller proposer à des producteurs un projet de drame policier dont la durée serait de… 24 heures. Jack Bauer n’a-t-il pas torturé le gimmick jusqu’à la nausée? Le duo assume. Mieux, il joue les références, en présentant ses récaps de début d’épisode en split screens, marque de fabrique de 24 h chrono. Entre-temps est aussi arrivé La casa de papel. La barre est haut. Julie Mahieu et Jonas Geirnaert ont eu la bonne idée: concevoir les épisodes par paires. Les événements se voient représentés de deux points de vue différents: côté police, presse et proches et côté otages et malfrats. Julie a assuré l’écriture finale des épisodes dans la banque. Jonas, la partie policière. On pense à The Affair. Le procédé montre vite son efficacité. Un coup de feu entendu lors du premier épisode… ne trouve son explication qu’à la fin du deuxième. Entre-temps, on a échafaudé cinq hypothèses.

Scruter le moindre détail

Les showrunners l’ont reconnu: leur but était de réveiller le public. En cela, De Dag regarde du côté de True Detective. Il nous transforme en limiers. Et nul n’en sait autant que nous, sur les motivations des uns et des autres, car nul n’a plus que nous la somme de toutes les infos. Le premier épisode se centre d’ailleurs sur ceux qui en savent le moins mais qui en peuvent le plus (comme nous): les policiers négociateurs. On les découvre en action. Ibrahim, le nouveau plein d’avenir, déjoue une affaire au téléphone, sous la houlette d’un vieux briscard en pleine déprime, Roeland. Vos, la chef en train de quitter le navire pour un autre service, les observe. La fin ne sera pas ce que l’on croit. On aurait dû se le tenir pour dit, les personnages et situations peuvent sembler cliché, mais peut-être le seront-ils pour mieux nous endormir. Et donc nous réveiller par la suite. Oui, les preneurs d’otages vont demander des pizzas. Mais l’on peut se douter qu’en autant d’années de préparation, Julie et Jonas connaissent les codes du genre. N’en joueraient-ils pas?

Formellement moderne, mais pas neuf

De Dag fait partie du courant actuel du temps long. D’aucuns l’ont dénoncé: il y aurait moyen de trancher pour le ramener à huit volumes. C’est vrai. Mais faux. Car sans ce rythme, pas de réalisme et pas de tension. Le négociateur pèle sa mandarine en live et c’est ce qui nous fait partager son attente et son angoisse. Les détails en apparence inutiles sont parfois des pistes (mais parfois pas). Les silences de Vos (remarquable Sofie Declair) en disent long. Beaucoup ont d’ailleurs revisionné toute la saison dès la fin, pour voir les éléments qu’ils avaient raté. Formellement, De Dag est aussi “tendance”. Les réalisateurs Dries Vos (Bad Trip) et Gilles Coulier (Cargo) jouent le sombre, le noir, les briques rouges, les teintes verdâtres. Contemporain, cohérent, mais pas révolutionnaire.

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