Mektoub, My Love : c’est l’amour à la plage

Le cinéaste franco-tunisien filme sublimement l’adolescence dans cette chronique estivale libre et sensuelle qui n’a pas plu à tout le monde. 

mekoub_doc

Le cinéma a toujours été affaire de corps en mouvement. Et comme aimait à le définir Hitchcock, un sublime “art de voyeurs” avec la conscience aiguë de la charge érotique des corps mis en scène. Mais très vite, vers les années 20 aux États-Unis, des ligues religieuses s’élèvent contre “cet art dépravé responsable de la perte des valeurs morales”. Au bout du compte: la censure du Code Hayes institué en 1927 (jusque 1966!).

Pourquoi ce préambule? Parce que Mektoub my love: Canto Uno, qui raconte les premiers émois amoureux et sexuels d’adolescents sur la plage de Sète durant l’été 1994, arrive après le magnifique et très sulfureux film du même Kechiche, La vie d’Adèle. Lequel avait créé la polémique pour ses deux scènes de sexe entre Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Montré à la Mostra, Mektoub… a provoqué lui aussi, avant même d’avoir été vu, quelques protestations pour sa propension à érotiser ses jeunes protagonistes, occultant injustement ses indéniables qualités. En une série de séquences splendides, étirées parfois jusqu’à l’ennui, Kechiche, en accord parfait avec son sujet, délivre avec une justesse jamais démentie le bouillonnement à la fois cru et insouciant de l’adolescence. Sa beauté insolente aussi. Et son vide créé par la peur de vivre. D’une liberté salvatrice, cette chronique naturaliste adaptée du roman Blessure secrète de Bégaudeau, agit comme une bouffée d’air vivifiante dans un monde toujours plus fliqué et anxiogène. Seulement, dans une ère post-#Metoo où la censure américaine réfléchit très sérieusement à interdire à l’écran l’alcool, la cigarette ou un baiser entre amants – mais bizarrement pas encore la violence -, peu de chance que vienne au jour le Canto Due de cette superbe ode à l’adolescence.

Sur le même sujet
Plus d'actualité