Hippocrate Saison 1 : “La série médicale n’est pas dépassée”

Après s’être essayé (avec succès) au cinéma, le réalisateur et médecin de formation fait ses premiers pas en série avec Hippocrate, fiction en huit épisodes sur le monde hospitalier français.

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La médecine, il connaît. Il l’a pratiquée pendant quatorze années. Le cinéma, il maîtrise. Son deuxième film (Hippocrate) a reçu six nominations et un prix lors de la cérémonie des César en 2015. Thomas Lilti était donc la personne toute désignée pour écrire une série sur l’hôpital, à une époque où la médecine séduit de plus en plus de cinéastes (L’ordre des médecins de David Roux sort en salles ce 23 janvier). Inspirée de son film éponyme, Hippocrate démarre sur la course effrénée d’une étudiante en médecine (interprétée par Louise Bourgoin), en retard pour son premier jour d’internat dans un hôpital public. A son arrivée, le marathon ne s’arrête pas: les médecins de l’établissement sont en quarantaine suite à la suspicion d’un virus et les internes doivent assurer tous les services à l’aide des infirmiers/infirmières et aides-soignant(e)s. 

À partir de ce scénario, la série propose une forme de huis clos hospitalier filmé avec la précision d’une caméra documentaire et le romanesque d’Urgences. Résultat: des scènes médicales crédibles, des personnages réalistes à qui on s’attache rapidement et un rythme de narration intense. Fin connaisseur du milieu, Lilti ne peut s’empêcher de faire transparaître dans sa série des problématiques actuelles comme le manque de moyens de l’hôpital public, la pression quotidienne qui s’exerce sur les soignants et la méfiance des patients vis-à-vis du corps médical. On finit par se sentir tous concernés, car comme l’a très bien diagnostiqué Lilti: “l’hôpital est le reflet de la société d’aujourd’hui”…

Hippocrate est l’un de vos films. Pourquoi avoir repris cette histoire et l’avoir transposée en série?

Thomas Lilti – Je voulais repartir sur une nouvelle histoire avec les personnages du film, mais j’avais aussi envie de nouveaux personnages. Je sentais que je n’étais pas allé au bout de ce que je pouvais raconter sur cet univers incroyable qu’est l’hôpital. Il est le reflet de la société, de la vie quotidienne, sauf que tout y est vécu avec plus de force. J’ai l’impression que faire une série, c’est avant tout construire des personnages et leur trouver des aventures à vivre. Je continuerai à faire des films, j’avais juste envie d’une autre façon de faire.

N’aviez-vous pas peur de faire une “énième” série médicale, un genre déjà vu et revu?

Non, car la série médicale n’est pas dépassée. Une série, c’est avant tout des aventures humaines et l’hôpital est un lieu de grandes histoires, du fait de sa proximité avec la vie et la mort. La question que je me posais surtout c’était: comment se démarquer des séries américaines? En Europe, il n’y a pas eu de série médicale qui fasse référence tandis que les références américaines sont très lourdes à porter. Il ne fallait surtout pas chercher à imiter les Américains, car ils ont de plus gros budgets et parce qu’ils utilisent surtout l’hôpital comme une sorte de terrain de jeu. Ce qui est particulier en France, c’est qu’on a un hôpital public. C’est social et politique de raconter l’hôpital. Voilà la particularité de ma série. C’est de là que vient mon envie d’ultra-réalisme, mais au service du romanesque. Le réalisme me permet de raconter des histoires auxquelles les gens vont croire.

Il y a un côté documentaire dans Hippocrate. C’est une façon d’avoir l’attention du public, voire des politiques, sur les problèmes de l’hôpital?

Ma première envie, c’est de divertir, de raconter des aventures et que le public s’intéresse aux personnages et soit ému avec eux. Je ne me dis pas que ça va éveiller les consciences ou envoyer un message aux politiques, mais ma façon de raconter des histoires fait qu’elles sont ancrées dans le réel. Oui, il y a une dimension politique dans ce que je fais, mais c’est presque en arrière-plan. C’est inspirant de créer un truc qui résonne avec des problèmes de société. S’il ne pouvait y en avoir qu’un, le seul message que je voudrais faire passer, c’est l’envie de réconcilier les malades et le corps soignant.

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