Conte d’été : un cinéaste habité par la littérature

À cause de lui, Fabrice Luchini n’est plus coiffeur mais acteur. Il était le spécialiste du marivaudage amoureux au cinéma. Arte met le projecteur sur le cinéaste Éric Rohmer…

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Comme ses copains des Cahiers, Truffaut, Chabrol et Rivette, Éric Rohmer (né Jean-Marie Maurice Scherer en 1920) suit le parcours presque ordinaire durant la Nouvelle Vague au début des années 60 qui mène de la critique cinéma à la réalisation de films. En parallèle d’une rétrospective qui lui est consacrée à la Cinémathèque française à Paris jusqu’au 11 février prochain, Arte fait également le tour du “propriétaire Éric Rohmer” cette semaine. Embrassant un parcours non-exhaustif mais visitant tout de même une trentaine d’années de la carrière d’un homme passionné de littérature (il a commencé comme écrivain), qui s’est lancé sur le tard dans la réalisation.

L’entrée dans le monde du 7e art n’est pas directement joyeuse pour l’homme qui fit débuter un certain Fabrice Luchini dans Le genou de Claire en 1970. Son premier film, Le signe du Lion, réalisé en 1959, est un échec. Loin de s’avouer vaincu, Rohmer entame, à 40 ans, son ambitieux cycle des Six contes moraux, dont le moyen-métrage La carrière de Suzanne. Où l’un des protagonistes, mufle cynique avec une prétendue mocheté, n’a pas une attitude très “rohmérienne”. Les récits racontent en effet à la première personne les valses-hésitations d’un homme pris entre deux femmes, entre l’attitude volage et la soumission à la morale.

On lui reproche d’être trop littéraire ? Rohmer répond par un second cycle, celui des Comédies et proverbes où il se fait plus léger. Dans un des films, Pauline à la plage (diffusé à 22h45), on y rit franchement de la préciosité d’Arielle Dombasle, balançant entre comique et émotion. Suit la série des Contes des quatre saisons (1990 à 1998) inspirés par Shakespeare. Parmi ces derniers, le sublime Conte d’été, où un séduisant indécis laisse guider par le hasard son choix amoureux. Rohmer vient d’élever le badinage amoureux au rang d’œuvre d’art.

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