Retour aux sources : gouverner c’est émouvoir

Propaganda, la fabrique du consentement retrace l'invention des Relations publiques au XXe siècle.

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Jimmy Leipold a bossé son documentaire. Ses intervenants sont crédibles: un journaliste, un historien, un sociologue, la directrice du musée des relations publiques de New York, jusqu’à Noam Chomsky himself! Sa compile d’archives de l’INA délivre son lot d’inédits et de surprises. Ce travail ambitieux produit pourtant un film inégal. Il commence très fort. On y découvre comment Wilson, qui a fait campagne sous le slogan “Il nous a évité la guerre”, réussit en 1917 à convaincre l’opinion américaine pacifiste de s’engager dans le conflit, par la mise en place d’une stratégie de propagande. Le sujet semble clair: on parle de la façon dont les découvertes en psychologie ont permis d’élaborer des techniques d’influence de l’opinion publique au profit du pouvoir comme des grandes entreprises.

On attend la chronologie, les faits. Et l’angle change, pour se focaliser sur Edward Bernays, père du concept de “relations publiques”, auteur de Propaganda, comment manipuler l’opinion en démocratie (1929). Neveu de Freud, il est le vrai sujet du reportage. Le réalisateur poursuit en alignant les exemples de ses actions, sans expliquer pour autant ses sources, ses théories, ses influences ou ses méthodes. On répétera juste son postulat de départ: la foule est gouvernée par l’émotion et non par la raison. On le verra l’appliquer dans la pub façon Mad Men (vendre du bacon ou faire fumer les femmes) comme dans la désinformation politique (renverser un gouvernement au Nicaragua, pour protéger les intérêts d’United Fruits). Frappant, intéressant. Mais frustrant. Même Chomsky énonce des lieux communs. La fin reste en suspens, dans les années 60. Il manque une synthèse solide, une conclusion et surtout un lien avec notre présent. Instructif, donc, mais inabouti. 

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