Hippocrate : Urgences 2019

Pour ouvrir la soirée Avant-premières séries de Be tv : Hippocrate, la série basée sur le film du même nom.

Hippocrate Be tv

Ceci n’est pas une adaptation littérale du film aux 912.205 entrées (ouf, parce que c’est souvent épouvantable, les séries tirées de films, pas vrai Terminator?). Hippocrate fait dans la déclinaison, à la manière de Fargo pour les frères Coen. Même réalisateur (Thomas Lilti), même contexte, mêmes messages mais intrigue et personnages différents. Au festival Are You Series? de Bozar en décembre, les deux premiers épisodes ont conquis public comme critiques. Encore une excellente série française signée Canal+, après Jour polaire et Le bureau des légendes.

Le genre médical en réa

Le premier soap hospitalier date de 1961 (Docteur Kildare) ! Depuis, le genre a engendré des pelletées de succès. Drames, comédies, enquêtes judiciaires, feuilletons purs, les genres varient mais des codes sont bien installés : amourettes entre praticiens, unité de lieu, généralement un patient par épisode. Le secret tient à la satisfaction pour le public de découvrir les coulisses d’un environnement à la fois familier et mystérieux, la clinique, même de la Forêt-Noire. Hippocrate s’inscrit dans cette tradition mais lui flanque une sacrée décharge d’adrénaline.

Si l’on devait lui trouver un ancêtre, ce serait Urgences. Thomas Lilti, le réalisateur et showrunner, en a d’ailleurs donné des extraits à ses acteurs pour les préparer. D’Urgences, il a gardé… l’urgence, le rythme, le stress. On retrouvera aussi les termes techniques, les gestes de pro, le souci du détail vrai. On oublie, par contre, les brushings impeccables des acteurs, les studios trop propres, les mouvements de caméra ultra-préparés. Comme dans son film, Lilti a poussé le réalisme au plus loin. Il a exercé la médecine pendant vingt ans, les massages cardiaques, il connaît. Les pénuries de médicaments, le manque de personnel, les salles de garde, les moyens qui manquent, les patients ballottés, les médecins étrangers déconsidérés et les absurdités administratives aussi.

Classique sur le papier, étonnante en télé

Le choc d’Hippocrate tient beaucoup à ce flirt avec le docu-fiction. Les acteurs ont été coachés deux semaines avant le tournage. Tout a été filmé dans une aile désaffectée d’un centre hospitalier d’Aulnay-sous-Bois. L’intrigue, pourtant, ose le suspense pur : trois internes débutants doivent gérer tout un service car les titulaires sont en quarantaine, suite à une suspicion d’épidémie. Un scénar redoutable, d’ailleurs déjà vu (notamment dans l’ouverture de la saison 3 de Grey’s Anatomy).

Le huis clos et la crise permettent de révéler quatre personnages, archétypes de la médecine en France : une interne inexpérimentée, issue de la classe moyenne (Alice Belaïdi, vue dans WorkinGirls et la deuxième saison du Bureau des légendes) ; le fils à papa pistonné (Zacharie Chasseriaud, vu dans Un début prometteur) ; un médecin légiste franco-albanais (Karim Leklou, Réparer les vivants), et une quatrième année ambitieuse et ultra-compétente (Louise Bourgoin, extraordinaire !). En sous-marin, ils font passer les messages engagés de l’auteur.

Là où le film appuyait le propos, la série, par son temps long, le laisse transpirer. Cette peinture du n’importe quoi de l’hôpital public et de l’engagement profond du personnel soignant n’en est que plus puissante. Les médecins ne sont pas des héros. Mais ils agissent comme tels.

Après ce premier épisode, la série entamera sa diffusion hebdomadaire le 26 janvier sur Be Séries.

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