Sergio Leone, un réal italien franchement à l’Ouest

Arte pose la loupe sur Sergio Leone, inventeur du “western-spaghetti”, mais surtout metteur en scène d’avant-garde.

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Sergio Leone avait un sacré caractère. L’acteur américain Rod Steiger en fit les frais lorsque durant le tournage d’Il était une fois la révolution, le cinéaste, exaspéré par ses tics de jeu hérités de l’Actor’s Studio, lui hurle : “Tu es un acteur de merde et je me fiche complètement que tu aies gagné par erreur un oscar !”. Un tempérament bien trempé, hérité d’un père réalisateur-phare du muet italien, qui fut écarté des années durant des plateaux de cinéma pour avoir résisté à Mussolini. Cet épisode marqua durablement l’enfance de Leone, dont la famille fut réduite à la pauvreté, mais forgea sans doute ses rêves d’Amérique et de cinéma. Sergio arrête ses études pour se consacrer au 7e art. D’abord assistant-réalisateur du pape du néo-réalisme De Sica pour Le voleur de bicyclette, il se retrouve cantonné à la réalisation de péplums qu’il déteste pour leur manque de réalisme (Le colosse de Rhodes, 1961).

Ensuite, le miracle. La rencontre avec le quasi-inconnu Eastwood, le poncho (que vous pourrez admirer dans l’exposition “Il était une fois Sergio Leone”, à Paris, jusqu’au 27 janvier 2019), le cigare, la violence outrancière, l’antihéros, la musique sublime de Morricone et Pour une poignée de dollars. Devant ce détournement du mythe de l’Ouest américain, la critique est ulcérée, mais le public embraye. Le western-spaghetti (sobriquet réducteur) est né. Leone entre dans la légende, le western lui donnant surtout l’occasion d’exprimer ses douleurs d’enfance, avec deux marottes, qui jalonneront toute son œuvre : l’amitié et la famille pour faire face au chaos du monde. Avec une manière unique de filmer (Kubrick fera tout pour connaître ses petits secrets de fabrication) portée au firmament dans sa sublime œuvre-testament, Il était une fois en Amérique (à voir lundi à 20h55 sur France 5). S’il manque d’archives et de nouveautés, le doc Sergio Leone, une Amérique de légende offre un portrait complet de ce fou de cinéma qui ne pouvait pas non plus mourir comme tout le monde : en 1989, Leone est foudroyé par une crise cardiaque devant le film… I Want to Live de Robert Wise.

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